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Note aux lecteurs égarés ici :

Ceci est un blog somme toute assez personnel, voire intime. Je n'y publie pas régulièrement, au point que l'on pourrait se demander s'il a vraiment une utilité. Pour moi il en a une. Ce ne sont souvent que des billets d'humeur, parfois des réponses à des commentaires ou à des articles non-cités. Parfois c'est -très humblement- poétique, parfois c'est chirurgical. Parfois c'est très noir, voir gênant, parfois ce n'est que joie du quotidien. Sans transition. Parce que je suis ainsi, mais qu'il n'y a qu'ici que je peux faire sortir ça de cette façon.


Certains textes peuvent être violents, parce qu'ils parlent avec crudité de sexe, de troubles du comportement alimentaire, de dépression, ou de viol. Ceci est donc un avertissement à l'attention de ceux qui ne souhaitent pas s'y confronter.

16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 21:21

Alors, je vais probablement totalement perdre mes lecteurs et lectrices habituel-le-s avec ce texte, mais ça fait un moment que cette réflexion me trotte dans la tête et sur mon ordinateur. Il fallait bien que je finisse par la poser quelque part. Pas de TW ou CW particulier à part que ça sera peut-être aussi brouillon que dans ma tête, comme d'habitude. Si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez juste me donner votre avis en commentaire, sans m'insulter, c'est fait pour ça.


Ca ne plaira pas, je pense, mais j'en ai franchement ras-le-bol du discours qui voudrait que la violence de l'opprimé soit forcément légitime mis à toutes les sauces, dans l'univers militant en général et dans les divers courants féministes en particulier.


C'est un discours qui est valide lorsqu'on parle d'oppression et de domination.

Dans nos milieux militants ça ne devrait franchement pas avoir lieu d'être autant que je le vois. Parce que j'en ai marre de l'ambiance délétère que je vois sur les réseaux sociaux en permanence. J'en ai marre de la violence de nos milieux. J'en ai marre d'avoir peur de simplement réfléchir à voix haute/clavier haut. On devrait pouvoir le faire en toute franchise dans ces milieux-là.
On devrait pouvoir se tromper. On s'est tou-te-s déjà trompé. L'oublier c'est juste nier les oppressions et les conditionnements que l'on subit.
On devrait pouvoir ne pas être d'accord, sans obligatoirement se foutre sur la gueule, on a le droit de dire un truc à quelqu'un sans que celui-ci se sente automatiquement agressé, et inversement on peut dire un truc à quelqu'un sans automatiquement l'agresser ou se foutre de sa gueule.
On devrait pouvoir avoir le droit de n'avoir pas lu les posts de tout le monde, pour diverses raisons.

On devrait pouvoir avoir le droit de ne pas parler d'une chose sous le même angle qu'un autre et en même temps, sans que ça devienne un crime de lèse-majesté odieux.
Mais ça n'est pas possible. Parce que systématiquement quand tu dis une connerie (CA ARRIVE BON SANG DEAL WITH IT), ou que simplement tu dis un truc sur un sujet en en parlant sous un autre angle, au lieu d'avoir une camarade qui viendra te faire remarquer gentiment que ce que tu as dit est faux, arguments à l'appui, ou que tu oublies certain-e-s en disant ça, ou que tu n'as pas vu que Untel ou Unetelle ne parlait pas de ça de cette façon, ou que sais-je encore qui te permette d'avancer ta réflexion et de faire avancer la réflexion collective, au lieu de ça, on vient t'insulter et te dire que tu es de la merde, la lie de l'humanité, la lie du militantisme et de sa cohorte d'allié-e-s et on t'affichera sur les gros comptes populaires, repris ensuite à l'infini sur les réseaux.
Et si tu t'insurges du traitement, tu te prendras inévitablement dans les dents ce petit discours sur la violence, la colère et les actions légitimes de l'opprimé. La personne qui te le balancera sera persuadée de son bon droit, même si pas une seconde elle n'aura pensé que tu es peut-être aussi largement opprimé qu'elle, sur un autre plan d'oppression. Ou bien encore, la personne se contentera de t'insulter et d'asséner que tu as tord par subpost interposé. Pas une seconde elle ne sera venue te dire simplement "hé, je ne suis pas d'accord avec toi, parce que ci, parce que ça." Si tu ne la suis pas, ou si tu loupes ses posts ou si tu ne comprends simplement pas que c'est de toi qu'il s'agit, tu ne pourras même pas comprendre, tu ne pourras pas évoluer dans ta réflexion, tu ne pourras pas participer à une émulation collective et à un avancement des luttes, tu seras juste considérée par une partie des gens qui suivent cette personne comme la lie du militantisme, sans que tu le saches.

Belle ambiance.

 


Ca donne tellement envie de s'exprimer.

 


Et le plus drôle, c'est qu'inversement, si tu fais partie des rares personnes à venir dire calmement à quelqu'un "je ne suis pas d'accord avec toi" ou "hem, dis donc t'as un petit peu merdé là non ?", tu seras traitée également comme quelqu'un d'agressif et d'odieux. Il est interdit de dire quoi que ce soit à Tel ou Telle parce que, dis donc, t'as pas honte de distribuer des badges de bon militantisme ?! T'as pas honte de l'agresser avec ton avis ?


Ca donne tellement envie de s'exprimer aussi.

 


Et qu'on ne vienne pas me dire que, là, je fais de la chouinerie "on ne peut plus rien dire", ce n'est vraiment pas du tout ça que j'essaie d'exprimer.
Pour en revenir à la fameuse colère prétendue légitime, prenons l'exemple d'une personne atteinte d'un trouble neuro/psycho qui a une peur panique de s'exprimer en public, une peur panique de se tromper, une peur panique de ne pas être assez bienveillante avec les autres,
ou bien même une peur panique de perdre la bienveillance ou l'amitié supposée des gens qu'elle côtoie, ou encore quelqu'un qui a du mal à articuler ses idées, qui a du mal à poser des mots sur ses idées. Je ne parle même pas d'une personne qui réunit toutes ces peurs et ces problèmes... Elle fait comment pour s'exprimer dans l'actuelle ambiance de nos milieux ? ben j'vais vous le dire : elle voit, elle observe, et elle ferme sa gueule.


C'est bien, c'est beau niveau silenciation des plus faibles. Vraiment un chouette modèle qui fait envie.


Résultat au final, dans nos milieux c'est comme partout : ce sont les + violents, les + expeansifs, les + "drama", les + grandes gueules qui prennent tout l'espace de parole. Les plus faibles, timides, discrets s'écrasent. Il n'y a plus de place pour la bienveillance parce que la colère est légitime, parce que ne pas être d'accord c'est forcément agresser. Même chez nous, on ne sort pas du virilisme au final : il faut donner son avis violemment et même quand tu ne le fais pas on fera comme si tu l'avais fait et la réponse sera à cette même hauteur de violence.


Alors oui, parfois une personne qui a du mal à s'exprimer, ou bien qui n'a juste pas pensé à toutes les implications de ce qu'elle dit va fourcher, dire une merde, se tromper, tomber à côté de la plaque. Oui ça va te mettre en colère, toi, là-bas, parce que tu auras l'impression d'être nié dans ton ressenti, dans ton identité. Oui, des fois, tu vas dire un truc et on va t'expliquer pourquoi c'est faux ou pourquoi y a d'autres façons de voir et tu vas te sentir un peu minable.

 


Mais la colère, l'agressivité ça se contrôle aussi. Peut-être, éventuellement, je ne sais pas, elles seraient mieux dirigée contre les dominants. Plutôt que sur quelqu'un qui essaie de réfléchir et de participer à une réflexion collective sur les oppressions. Mais non, on préfère rester dans un système où tu peux exprimer ta colère individuellement, au risque d'écraser d'autres gens, plutôt que de se réserver pour une saine colère collective. Alors je sais pas vous, mais moi ma colère je vais juste la diriger vers les dominants réels de la société et je vais rester tranquillement une hippie qui aime bien tout le monde et qui n'a pas d'avis sur telle ou telle question, dans mon coin, en fermant bien sagement ma gueule puisque Twitter, par exemple, me cause des crises d'angoisse chaque fois que j'aimerais y articuler ma réflexion pour que d'autres y apportent la leur ou chaque fois que j'essaie d'apporter ma réflexion à d'autres afin qu'on s'articule tous ensemble.


Le plus amusant c'est que ce texte, personne n'en aura rien à carrer et encore moins les gens qui ont typiquement ce genre de réactions délétères. Mais tout va bien, puisqu'on construit des espaces "safe" où chaque colère individuelle extériorisée est légitime.

 

Tout va bien.

 

Published by Mlle B.
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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 17:32

Ceci est la suite de mon article "Purge", je recolle le même texte qui va avec. Un énorme merci aux personnes qui m'ont envoyé des retours, sur mon corps, sur le travail que j'essaie de faire avec lui et sur les photos en elles-même. Je ne m'y attendais pas, mais vous avez révélé l'importance de l'exposition aux avis, même si ce n'est pas par eux que je dois réapprendre à appréhender mon corps.

 

"Afin d'appréhender au mieux mon corps si détesté, je me suis lancée dans une petite série de photographies de celui-ci. Le but est évidemment thérapeutique pour m'aider à le réapprendre ce corps, peut-être à l'accepter, voire à l'aimer au final. J'en suis encore loin.

 

Très loin pour le moment.

 

Je n'ai pu qu'accepter le noir et blanc et la douce lumière matinale, quelques morceaux de mon corps de-ci de-là, une main qui protège et essaie de calmer les tremblements, les points les plus problématiques pour moi évités soigneusement. Et pourtant encore, certaines des photos que j'ai prises me sont insupportables. Je ne peux même pas les regarder. Encore moins me dire que j'en suis le sujet principal. Donc je présente ici les fruits de mon petit travail personnel : les photos que j'arrive à regarder, presque avec tendresse, du moins celles qui ne me blessent pas trop.

 

Les partager fait partie du processus, je pense. Dire au monde que ceci m'appartient, ceci est mon corps. Essayer de ne pas en avoir honte. Perdre un peu du contrôle que j'exerce sur moi et mon image, prendre un risque. Bref.

 

TW /Avertissement de contenu : nudité, peau, gras, vergetures, marques corporelles."

Purge 2
Purge 2
Purge 2
Published by Ursidéa Bé - dans éphémère
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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 22:45

Afin d'appréhender au mieux mon corps si détesté, je me suis lancée dans une petite série de photographies de celui-ci. Le but est évidemment thérapeutique pour m'aider à le réapprendre ce corps, peut-être à l'accepter, voire à l'aimer au final. J'en suis encore loin.

 

Très loin pour le moment.

 

Je n'ai pu qu'accepter le noir et blanc et la douce lumière matinale, quelques morceaux de mon corps de-ci de-là, une main qui protège et essaie de calmer les tremblements, les points les plus problématiques pour moi évités soigneusement. Et pourtant encore, certaines des photos que j'ai prises me sont insupportables. Je ne peux même pas les regarder. Encore moins me dire que j'en suis le sujet principal. Donc je présente ici les fruits de mon petit travail personnel : les photos que j'arrive à regarder, presque avec tendresse, du moins celles qui ne me blessent pas trop.

 

Les partager fait partie du processus, je pense. Dire au monde que ceci m'appartient, ceci est mon corps. Essayer de ne pas en avoir honte. Perdre un peu du contrôle que j'exerce sur moi et mon image, prendre un risque. Bref.

 

TW /Avertissement de contenu : nudité, peau, gras, vergetures, marques corporelles.

 

Purge
Purge
Purge
Purge

Je pense que c'est assez pour aujourd'hui. J'en ai 3 de plus mais je ne me sens pas de les partager toutes en une seule fois. Avançons à petits pas. Peut-être mettrais-je les autres en ligne demain ou un autre jour. On verra. Baby steps.

Published by Ursidéa Bé - dans éphémère
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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 00:59

La phrase résonne dans ma tête, je la murmure, la chuchote, la prononce, et la crie au milieu de la nuit. Je ne veux plus manquer à ma vie.

JE NE VEUX PLUS MANQUER A MA VIE.

Je me le dois à moi-même.

 

Je ne suis pas passée par tout ce que je suis passée pour rester là à végéter dans cette semi-conscience et cette peur. J'ai le droit d'être aimée complètement, entièrement. J'ai le droit à la vie. J'ai le droit de dire non, de refuser. J'ai le droit de ne plus vouloir vivre cette vie de faux-semblants. Je n'en peux plus d'être paralysée par la peur. La peur de rater, de me tromper, de manquer à ma vie en faisant le mauvais choix. C'est cette peur, cette terreur qui me paralyse et qui me fait manquer ma vie, mes émotions, mon bonheur. J'ai perdu 10 ans sinon 15 de ma vie, percluse de cette terreur et JE NE VEUX PLUS.

 

J'ai le droit de choisir. J'ai le droit de me tromper. Me tromper serait moins pire que cette paralysie. Je le dois à moi-même, à la personne que j'ai pu être, je le dois à ma survie, à la force déployée pour dépasser tout ce que j'ai vécu. Je me le dois pour faire mentir tous ceux qui m'ont enterrée vivante, enfermée dans ma coquille, tous ceux qui m'ont blessée, lacérée, déchiquetée en lambeaux.

Les lambeaux de moi ont été dispersés par le vent ?

 

ET ALORS ?!

 

C'est ce que je suis.

Une force vive, éclatée, en plusieurs morceaux, dispersée, pleurant, hurlant, riant comme une démente.

C'est ce que je suis.

Personne ne me l'enlèvera, même pas la partie de moi, timorée, qui n'ose pas bouger un orteil de peur de mal faire, de peur de l'erreur. Si je dois être une tornade un jour et une douce brise le lendemain, hé bien tant pis. Ou tant mieux. Que je sois tornade et brise à la fois. Je me le dois.

Le monde me le doit.

 

Qu'importe si je brise des branches au passage, qu'importe si je m'arrête en me prenant un mur.

Je suis le vent, la tempête et l'accalmie.

 

Je ne veux plus avoir peur, je ne veux plus attendre passivement, je ne veux plus me laisser porter par le courant.

 

JE SERAI LE COURANT.

Published by Ursidéa Bé - dans éphémère
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 09:56

Après avoir écrit mon dernier article, j'ai relu quelques vieux articles ici ainsi que leurs commentaires et je me suis dit que peut-être ma situation actuelle nécessitait un nouveau bilan ici pour mes anciens et fidèles lecteurs, voire pour les nouveaux. Et après tout, cela m'aide aussi à réfléchir à où j'en suis.

[Contenu/TW : TCA, poids, dermatillomanie, médication.]

Je crois que j'ai fait beaucoup de progrès d'une façon générale. Je ne suis plus boulimique ni anorexique. Très sincèrement je le regrette parfois parce que je suis maintenant grosse et que je ne l'accepte toujours pas. Je suis à la fois fière d'avoir dépassé mes TCA et désespérée de ne plus les "utiliser" pour façonner mon corps. Mais j'ai tout à fait conscience que si je rechute de ce côté-là, la reprise de poids ensuite sera pire que les précédentes, comme elle l'a été à chaque fois. Je fais donc quelque chose comme 110 kg. Ce nombre m'étouffe chaque fois que j'y pense et je continue de haïr mon corps même si paradoxalement je lui pardonne plus facilement qu'avant. Disons que j'ai fait un minuscule pas dans l'acceptation même s'il reste des dizaines de km à parcourir.

 

J'ai aussi appris un peu à apprivoiser mon trouble borderline. Je reconnais plus facilement les mécanismes à l'oeuvre dans ma vie, maintenant que j'ai un nom, des études, des témoignages pour les identifier. J'arrive donc à me distancier un peu d'eux, à avoir un certain recul sur eux. Pas toujours. Mais je gère mieux. Par exemple les relations interpersonnelles me sont toujours difficiles, mais globalement je m'en sors mieux qu'avant.

 

Je crois aussi que je me suis enfin autorisée à me voir comme quelqu'un de fort. Je suis forte. Je suis faible aussi souvent, mais j'ai pris conscience de ma force et d'où elle provenait. Elle provient de mon effort de lucidité et d'honnêteté. De ma recherche toujours plus poussée de l'honnêteté. L'honnêteté avec moi-même. L'honnêteté avec les autres aussi, mais pour celle-ci ce n'est pas encore gagné. C'est cette honnêteté qui m'autoriser à douter. Et c'est ce doute permanent qui construit mes réflexions, qui construit ma vie et ma personnalité. Je n'en suis consciente que depuis très récemment, grâce au commentaire de quelqu'un qui m'a énormément touchée. Ma force elle est aussi dans les Autres. Ma force elle est dans tout ce que j'ai pu retirer de ces rencontres avec des Autres. Par exemple Z., Cybèle, Gaby, Ophi, Myo, Tanx, ppm, Rémy, et bien d'autres encore, je ne pourrais pas nommer tout le monde alors je prends les + marquants (il y a même des anonymes de passage ici qui ont laissé leur trace sur ce blog, mais aussi dans ma vie). Vous avez souvent éclairé mon chemin, ouvert un tiroir dans ma tête, allumé la lumière dans une pièce sombre, fait fuir les ombres. Ces Autres qui ont si souvent fait mes faiblesses sont aussi là où je puise ma force régulièrement.

 

A ceux qui souffrent des mêmes maux que moi ou d'autres, j'ai envie de dire : prenez ce qu'on vous donne, même si ça ne suffit pas sur l'instant, même si vous pensez ne pas en avoir le droit, ne pas le mériter, prenez, jouissez. L'effet n'est pas forcément immédiat, mais peut-être plus tard vous vous rendrez compte de tout ce qu'on vous a apporté, de ce que vous avez gagné. Autorisez-vous aussi à vous donner à vous-même.

 

Pour le reste, je suis toujours sous traitement. Toujours sous Venlafaxine, mais couplé cette fois à de la Rispéridone. L'abilify me donnait faim tout le temps, et c'est avec lui que j'ai repris énormément de kilos. J'en prends toujours sous rispéridone, mais je n'ai au moins plus faim en permanence. J'ai un anxiolytique en plus que je ne prend que très peu. Je devrais probablement l'utiliser plus souvent mais je ne me l'autorise pas en fait. J'ai l'impression depuis quelques semaines de retomber dans une phase de dépression parce que tout m'est difficile : sortir, marcher, me lever, faire à manger, faire le ménage. J'arrive à me forcer un peu mais pas assez. Je ne sais pas encore ce que ça donnera, mais au moins je n'ai pas envie de mourir en permanence et j'ai conscience du chemin déjà parcouru, alors on peut dire que c'est "moins pire" que d'autres fois. De toutes façons je suis toujours suivie par le CMP où l'on s'occupe globalement bien de moi. J'ai un rdv mensuel avec un-e interne en psychiatrie, j'ai des rdv réguliers avec la psychologue qui est très à l'écoute et qui me pousse à réfléchir, à m'autoriser des choses, même si les effets ne sont pas toujours immédiat. Et j'ai la possibilité de plus en cas d'urgence. Les infirmier-e-s sont toujours disponibles s'il y a un problème.

 

Parfois j'aimerais encore plus, j'aimerais rencontrer des gens avec les mêmes pathologies, j'aimerais quelque chose comme une thérapie de groupe, comme des activités thérapeutiques, etc. Mais au final, ce que j'aimerais en plus, je le fais déjà par moi-même à mon échelle. J'ai rencontré d'autres personnes malades sur internet, Twitter alimente régulièrement ma réflexion, mon militantisme, ma sociabilité et ma reconnaissance dans mes semblables. Pour les activités, je me suis lancée à corps perdu dans le tricot, puis le crochet. Ca me fait un bien fou. Crocheter est une activité hypnotique qui m'apaise énormément. Créer est un exutoire et une découverte de chaque instant sur mes capacités. Je n'en reviens toujours pas d'avoir même osé ouvrir ma modeste boutique en ligne, d'avoir osé m'inscrire à des marchés IRL. Ca ne me rapporte que peu financièrement parlant, mais c'est toujours un plus, et pour mon ego c'est être milliardaire en appréciation de moi-même.

 

Pour les choses qui fâchent un peu plus, je suis toujours "au foyer" pour ne pas dire au chômage et cette situation ne me plait pas du tout. Je refuse de m'inscrire à Pôle Emploi parce que j'ai déjà expérimenté suffisamment l'enfermement et l'aliénation que cela implique. Mais je ne suis de toutes façons ni apte au travail, ni apte à une recherche active d'emploi, pour dire vrai, alors je ne vois pas trop quoi faire d'autre. J'ai sinon "remplacé", je crois, mes TCA par une forme de dermatillomanie. Pour être claire, je pince les pores de la peau de ma poitrine. Ce n'est pas innocent si c'est sur cet endroit que je me concentre, mais je ne développerai pas ici. Ma libido est au stade 0, et je suis plutôt une mauvaise compagne et une piètre maman, mais ça va. Ca pourrait être pire je crois. En tous cas c'est ce que je me répète souvent.

 

Globalement, ça ne va pas trop mal, sans aller vraiment. Mais j'ai avancé. Tout doucement, je mets un pied devant l'autre.

Published by Mlle B. - dans éphémère
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 19:40

Des souvenirs qui remontent et que j'ai besoin de poser ici et d'intégrer à une réflexion plus globale sur ma vie, sans savoir si ce que je vais évoquer n'est qu'un hasard de mon histoire personnelle, ou s'il s'agit d'un truc systémique.

 

AVERTISSEMENT DE CONTENU SENSIBLE / TRIGGER WARNING : viol, agression sexuelle, inceste, alcool.

Ne dépassez pas vos limites, ne lisez que ce qui est soutenable pour vous. Vous ne me devez rien, encore moins une lecture qui peut vous faire du mal. Et ça risque d'être long.

 

Commençons par un semblant de commencement : J'ai été abusée sexuellement dans mon enfance (pré-adolescence /adolescence) par un autre enfant plus âgé de ma famille. C'est une situation assez complexe que je n'évoquerai pas dans les détails ici, et il n'est pas question de juger de la responsabilité de l'auteur des actes ou quoi que ce soit du genre. Mais, c'est un fait : j'en suis ressortie aussi brisée qu'une victime d'abus sexuels dont l'abuseur est pénalement responsable. J'ai été comme marquée au fer pour le restant de ma vie.

 

J'ai commencé à manifester mon mal-être au collège par des colères soudaines et inextinguibles pour des broutilles ou des choses plus importantes. Tout particulièrement lors des cours de sport. Je refusais de me déshabiller dans le vestiaire commun, je m'enfuyais des cours et me cachais dans des salles éteintes... Mais il m'arrivait également d'en piquer dans d'autres cours, dans ces cas-là je hurlais en pleurant plus ou moins et je partais en courant, en claquant la porte et je me réfugiais généralement dans les toilettes de l'étage. Un jour, l'une de ces colères a été phénoménale : pour faire court je me suis fait disputer pour bavardage par ma professeur principale qui était aussi ma prof préférée, alors que je demandais à un-e camarade bavard-e de se taire. L'injustice de la situation m'a frappée en plein coeur et je me suis époumonée à la dénoncer, puis je suis partie en jetant ma chaise par terre, en pleurant et en claquant la porte. Direction les toilettes donc, où habituellement les autres élèves me laissaient me remettre seule. Pas cette fois-ci. D'autres élèves (pas spécialement des amies, dont une certaine C. sur laquelle je reviendrai plus tard.) sont venues me chercher et me dire que la prof me réclamait. De toutes façons il fallait bien que j'y retourne pour chercher mes affaires restées à ma table. S'en est suivi un interrogatoire en douceur par ma prof, qui a réussi à me tirer un petit peu les vers du nez au milieu de sanglots. Que cette personne en soit bénie à jamais. Elle ne m'a pas engueulée, elle a juste constaté que ce n'était pas la première fois, que ça arrivait de plus en plus souvent et s'est immédiatement inquiétée de savoir si quelque chose ne tournait pas rond dans ma vie en dehors de ma scolarité. Puis elle m'a longuement écoutée, et consolée. Spoiler alert : c'est environ le seul être humain décent que j'aie croisé avant très longtemps.

 

Ne sachant quoi faire, elle a demandé conseil au chef d'établissement avec mon accord, qui lui a conseillé de me mettre en relation avec l'assistante sociale du collège. J'ai eu ensuite des rendez-vous avec cette dame qui se sont globalement très mal passés mais je vais éluder tout ceci pour le moment.

 

Plus tard, quelques élèves ont essayé eux aussi de me tirer les vers du nez à force de constater mes sorties théâtrales et mes pleurs incontrôlables. Avec plus ou moins de succès. Pour une raison que j'ignore encore aujourd'hui, celle auprès de qui j'ai fini par m'épancher un peu était cette fameuse C. qui habitait dans un immeuble en face du mien. Elle m'a invité chez elle et nous avons parlé. On n'était pas proches avant ça, même si on se connaissait depuis l'école primaire, on évoluait juste dans des cercles amicaux différents. Je ne me souviens plus de la teneur exacte de toute la conversation si ce n'est que je lui ai révélé mon big secret : les abus dont j'étais victime. Elle m'a consolée, on a parlé d'autres choses et puis voilà. De loin en loin, plus tard elle continuait de m'inviter une fois de temps en temps et je lui parlais de l'évolution des abus (qui continuaient toujours pendant ce temps-là oui) et de l'évolution des séances avec l'assistante sociale. De loin en loin, ces petites conversations restées secrètes pour les autres élèves (en tous cas je le pensais et même aujourd'hui je n'ai pas spécialement de raison d'en douter) s'espaçaient petit à petit. Puis elles n'ont plus eu lieu. Je ne sais pas comment ni pourquoi. Juste je n'ai plus été invitée à lui parler. Et la vie a continué son cours. Comme si de rien n'était. Elle ne m'en a plus jamais reparlé et moi non plus. Comme si nous n'avions jamais eu cette espèce de connexion bizarre de confidences.

 

De la même façon après un fiasco total auprès de l'assistante sociale qui savait elle aussi, j'ai juste manqué un rendez-vous auquel elle m'avait convoquée et je n'en ai plus jamais entendu parler. Comme si de rien n'était. J'ai donc tout balayé sous le tapis et j'ai continué ma vie avec plus ou moins de mal.

 

Parallèlement à tout ceci, j'ai un jour parlé à un autre membre de ma famille, appelons le S. Un autre enfant. Nous étions à cette époque deux adolescents, et je ne sais pas par quel miracle, j'ai réussi à évoquer ce qui se passait avec lui et ce dont il avait déjà été partiellement témoin. (c'est vraiment compliqué de situer le contexte sans donner trop de détails, je m'en excuse.) En gros j'ai parlé de ce dont il avait été témoin et j'ai dit que ça me dérangeait, que ça me gênait. Il a dit qu'il l'avait remarqué. J'en étais déjà baba. Rien que ça j'en étais soulagée mais soulagée. On en a brièvement discuté sans entrer trop dans les détails et surtout parce que j'avais une question à lui poser : avait-il été témoin d'abus identiques de la part de la même personne sur une autre fille plus jeune de la famille ? J'étais terrorisée à l'idée de ne pas être la seule victime. La réponse a été non, nous avons disséqué des moments, des souvenirs, pour essayer de savoir si oui ou non, mais on aurait bien dit que non. Puis nous n'en avons plus parlé.

 

Environ un an et demi ou deux ans plus tard, j'ai réévoqué brièvement ces abus sous la forme "Tu te souviens ce dont nous avons parlé au sujet de...." ou quelque chose dans ce genre-là. La réponse a été claire, nette, tranchante. "Non . Je n'ai aucune idée de quoi tu parles." J'ai été estomaquée, j'avais peur en lui parlant la première fois de l'avoir traumatisée, mais il avait juste oublié, tout occulté. J'ai insisté un peu, continué mes allusions, mais rien, plus rien ne restait : ni souvenirs de ce dont il avait été témoin, ni souvenirs de la conversation que nous avions eu, ni souvenirs de nos inquiétudes. Rien. Comme si de rien n'était. Alors je n'en ai plus jamais jamais jamais jamais jamais parlé. Aujourd'hui encore je n'arrive pas à parler de ces abus dans le détail. Je reste toujours en surface en en parlant, j'admets qu'ils ont existé et je peux éventuellement dire qui était l'abuseur suivant mon interlocuteur, mais pour le reste, je ne peux pas. Je me souviens d'à peu près tout, mais ça ne sort pas.

 

Ma vie a donc continué, comme si de rien n'était. J'ai été ensuite violée par un presque inconnu. Ce viol-là je l'ai enfoui. Enfoui, enfoui, enfoui sous des tonnes de mensonges, de fables, d'oubli. Jusqu'à un jour où tout m'est revenu en pleine face avec les détails. Ce jour, c'est celui où j'ai écrit cet article et ses suites. (Gros, très gros Trigger Warning sur le viol, évidemment, avec des détails, trop de détails probablement. ) Je ne veux pas y revenir pour le moment.

 

Ma vie a encore continué, comme si de rien n'était.

 

Puis j'ai été à nouveau violée. Au cours d'une soirée chez un copain. Par une connaissance commune. Pour décrire brièvement les circonstances : j'étais bourrée, je me suis endormie dans les bras d'un très cher ami qui est parti pendant mon sommeil, au milieu d'autres gens endormis dans la pièce. Un autre mec a pris sa place, a commencé à me peloter et me déshabiller etc alors que je dormais, je suppose. Je me suis réveillée à un moment donné, complètement dans le flou en croyant que c'était mon ami qui me caressait, puis j'ai compris que ce n'était pas lui et que de toutes façons ça allait trop loin que ce soit lui ou pas et j'ai rué dans les brancards sans faire de bruit, tentant de repousser les mains, repousser le corps, mais c'était déjà trop tard. Il m'a violée tandis que je pleurais silencieusement en donnant des coups de pieds vers l'arrière. Ce n'est que quand il a eu fini qu'il a dû se rendre compte que je pleurais de plus en plus fort. Il s'est reculé en bredouillant, et je me suis enfuie en courant dans la salle de bains de la maison où je me suis enfermée. Il a tambouriné un moment à la porte. Je suis restée là à pleurer. Puis après je ne sais pas combien de temps, ne sachant pas quoi faire et étant épuisée, je suis juste retournée dans la pièce, j'ai sifflé "ne m'approche pas" et je suis allée me coucher le plus loin possible de lui tout contre l'ami chez qui nous étions. Au matin je suis rentrée chez moi dans un état second. Je l'ai évoqué ici et ici. (Encore une fois TW viol sur ces articles)

 

J'ai eu du mal à en parler à mon compagnon à l'époque, je ne me souviens plus vraiment ce que j'ai dit, comment et quand je l'ai dit, ni même si je l'ai dit, ou s'il s'est contenté de lire mon blog. Je ne me souviens plus. J'ai occulté tout ça. Les jours suivant ont été flous. Je ne me souviens que de l'odeur qui m'a marquée. L'odeur de son corps à lui. L'odeur que je revis, que je sens à nouveau parfois lors de réminiscences. Ce n'est pas vraiment le sujet aujourd'hui. Quelques mois plus tard, je me suis retrouvée dans une autre soirée. Un concert donné par des amis. J'ai recroisé l'homme qui m'a violée au cours de cette soirée. J'ai ensuite écrit cet article sur un coin de table, mais on s'en fout. Surtout, un peu plus tard, j'étais très alcoolisée et complètement "déchaînée". Je ne saurais pas expliquer mon état. J'étais à la fois en colère, traumatisée mais avec une rage de vivre et une envie de bouffer tout le monde tout cru. L'homme qui m'a violée était parti. J'ai discuté avec un de ces plus proches amis avec qui je m'entendais bien, appelons le J. Au détour de la conversation, tout est sorti. Ce qu'il m'avait fait. J. était effondré et me répétait que ce n'était pas possible tout en me disant qu'il me croyait. On a beaucoup parlé.

 

Des semaines plus tard nous nous sommes recroisés dans une soirée où était aussi présent l'homme qui m'a violée. J. m'a attrapée au détour d'un couloir et m'a dit "il voudrait te parler ! De ce qu'il a fait... " J'ai dit non. J'ai refusé. Quand j'ai croisé l'homme qui m'a violée, il m'a attrapée par le bras en me disant qu'il voulait me parler, je me suis dégagée, et j'ai couru pour m'éloigner de lui en lui disant d'aller se faire foutre. J'ai fui. Le plus loin que je pouvais. J'ai fui. Je le regrette parfois aujourd'hui. J'aurais pu le mettre en face de ce qu'il avait fait. Passons. Encore des semaines plus tard j'ai recroisé J. dans diverses soirées, j'ai essayé de reparler de ça avec lui. Mais la porte était fermée. Il ne comprenait pas mes allusions ou faisait semblant de ne pas les comprendre quand j'essayais d'aborder le sujet. Il changeait de sujet, voguait vers une autre personne. Pourtant on discutait ensemble d'autre sujets. Comme si de rien n'était.

 

Et ma vie a continué. Comme si de rien n'était.

 

Aujourd'hui, je trouve la récurrence de ces silences, de ces oublis, de ces reniements effrayante. Je n'en ai mentionné que quelques-uns ici, les plus marquants pour moi, mais il y en a eu d'autres. Comme je l'ai dit, je ne sais si ces négations, ces occultations, volontaires ou non, sont systémiques ou particulières à mon histoire personnelle. Mais le fait est que j'ai été enfermée dans une gangue de silence depuis toujours.

 

Alors je continue ma vie.

Comme si de rien n'était.

Published by Ursidéa B. - dans viols et violences
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 19:07

J'en ai marre. Over-marre. Marre d'être malade, marre du monde qui tourne alors que je suis toujours avachie à la même place, marre des médecins, marre de ce traitement qui ne fait que me rendre encore plus malade, marre des gens heureux qui passent en souriant, marre de mon mec qui ne comprend rien à rien et débarque à longueur de journée, marre de mon fils qui n'a pas l'âge suffisant pour comprendre que Maman ne peut pas le gérer, marre des vacances, marre du soleil, marre de la chaleur, marre des gens qui vannent les autres, marre des soldes qui sont nulles, marre de ne plus rentrer dans mes fringues, marre de ne pas pouvoir m'arrêter de manger, marre d'avoir l'impression de pisser dans un violon chaque fois que je parle, marre de la famille, marre des amis, marre des pleurs, marre des cris, marre des silences, marre de ma tête qui ne veut pas s'arrêter, marre de fumer, marre d'avoir le tournis et la nausée, marre des pièces sales, marre de ne pas y arriver, marre d'être en colère, marre d'être triste, marre du chien, marre de l'absence des chats, marre du nouveau canapé, marre du vieux canapé, marre des journées, marre des nuits, marre des cauchemars, marre de ne pas avoir d'avenir, marre du manque d'argent, marre de ceux qui en ont et en font n'importe quoi, marre de mes manies, marre de mes mensonges, marre de mes vérités, marre de mes cheveux, marre de la façon dont je me vois, marre de me voir, marre de la pile de boîtes de médocs, marre des trucs à jeter, marre de ne rien faire de mes mains, marre des mouches, marre du café, marre du bordel, marre des disputes, marre des non-dits, marre des repas, marre des absences, marre du stress, marre des petits bruits, marre de la pièce qui tangue, marre du psychiatre, marre des bus, marre de la voix des autres, marre de ma propre voix, marre de jouer, marre de la béthadine qui colle, marre de transpirer, marre d'être assise, marre de ne pas savoir comment on fait, marre de ne pas savoir comment font les Autres, marre de mes plantes qui crèvent, marre de mon mec qui a mangé ma tomate, marre de questions stupides, marre de mon dos qui me fait mal, marre de mon pas qui vacille, marre du bureau pas rangé, marre de la pile de linge, marre des lessives, marre de vomir, marre de vivre, marre de moi.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 16:09

C'était trop beau pour continuer.

Je ne sais pas quand, comment, ni pourquoi mais j'ai recommencé tout doucement à aller mal, à m'enfoncer de nouveau lentement dans cette spirale infernale qui finira bien par me bouffer en entier un jour.

Je ne sais même pas quoi dire, je ne peux pas parler, je suis bloquée.

Je suis fatiguée, tellement fatiguée de ces montagnes russes.

Je suis infoutue de m'occuper de quoi que ce soit, ni de moi ni de mon fils, ni de rien du tout.

Je ne fais que pleurer et penser à comment je pourrais arrêter tout ça, la réponse la plus fréquente étant : mourir.

Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas comment me sortir de là, je ne sais pas qui appeler à l'aide, je ne sais même pas comment appeler à l'aide. Alors je pose ça ici sans espoir de réponse comme une pauvre andouille que je suis.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 10:10

Encore un petit bilan, pour vous dire où j'en suis maintenant dans ma vie, dans mes démarches, dans ma santé.

 

Je suis suivie au CMP (Centre Médico-Psychologique) dont je dépends par une psychiatre (qui change malheureusement régulièrement, mais pour l'instant elles ont toujours été chouettes. Et oui, toutes des femmes pour le moment. ) depuis environ un an et par une psychologue que je n'ai vue qu'une seule fois pour le moment, mais avec qui je vais avoir rendez-vous tous les 15 jours. J'ai essayé divers traitements médicamenteux qui ont plus ou moins fonctionné avec divers effets secondaires, mais on s'est dernièrement fixées, depuis un peu plus d'un mois, sur de la Venlafaxine, un IRSNa ( : inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline ;  un psychotrope antidépresseur et anxiolytique donc.) couplée à de l'Aripiprazole (Abilify), un neuroleptique atypique, de la sous-classe des antipsychotiques. Brrr que des mots flippants. Mais, en bref : c'est bien. C'est le mieux de tout ce que j'ai pu essayer et la différence est flagrante. Vraiment. Je me sens mieux, j'ai une activité qui commence à revenir à la normale, plus d'idées morbides, moins d'anxiété, même s'il en reste et je me sens globalement bien.

 

On m'a enfin diagnostiquée comme ayant un Trouble de la Personnalité Limite (appelé aussi Etat Limite, ou "Borderline".) et ça fait énormément de bien d'avoir enfin un nom à poser sur tout ce par quoi j'ai pu passer. ENORMEMENT. Ca concorde avec mon instabilité, mon impulsivité, mon hypersensibilité, ma gestion (moisie) des relations interpersonnelles, mes troubles de l'attention et de la concentration ainsi que mes problèmes d'image de moi.  Mes TCA rentrent aussi dans le schéma. Se dire qu'il y a un nom, une pathologie, un schéma, un cadre dans lequel tout ce que j'ai vécu rentre, oui ça fait un peu peur, mais ça fait REELLEMENT du bien. Comme dit récemment à ma psy, enfin je vais pouvoir me dire que non je nesuis pas "juste" un sale caractère chiant et paresseux, que je ne le fais pas "exprès" (oui, parce qu'il m'arrivait encore de le penser au fond de moi, hein, des fois, en culpabilisant à fond les ballons. ). Enfin, si on me pose des questions, je pourrai répondre plus précisément, j'aurai un diagnostic pour faire "autorité", pour expliquer.

Bref, rien que ça, ça fait tellement de bien, donc je vais mieux.

 

Pour le reste, j'arrive à me lever le matin sans problème, j'arrive à sortir de chez moi idem, je me suis lancée dans le tricot et plus récemment le crochet, je me suis remise à la couture et aux perles. Je vis, quoi. Des trucs qui paraissent normaux à la plupart des gens, mais qui pour moi ont été si difficiles. Et surtout, surtout je finis des choses. Celleux qui m'ont suivie toutes ces années et les plus proches d'entre celleux qui vont me lire ici savent à quel point ça a été un problème récurrent chez moi : ma peur et mon incapacité totale à terminer les choses. Arriver au bout d'un tricot et me dire "je l'ai fait" est donc une délivrance intense pour moi et je ressens enfin ce que ça fait d'avoir un pied dans les petits bonheurs quotidiens. Je me sens enfin "capable", "en capacité" de faire des choses de A à Z.

Par ailleurs, je dors plus et mieux. Je ne compense plus mes quelques excès de nourriture, et il y en a quelques-uns. J'ai maigri puis regrossi, je crois. Toute la nuance de mon état tient dans ce "je crois". Ca fait plusieurs semaines, plusieurs mois, que je ne me suis ni repesée, ni surtout, puisque c'est mon échappatoire habituelle à la balance, mesurée. Et je n'ai pas l'intention de le faire dans les prochains jours.

 

Voilà. Je crois avoir fait le tour pour le moment.

 

Pour celleux qui m'ont suivie uniquement ici, je voulais juste dire que je ne reviendrai probablement que sporadiquement pour donner des nouvelles ou si ça ne va plus, mais que je blogue au sujet de mes petites (et parfois plus grandes) créations, plus régulièrement maintenant, sur une nouvelle adresse (clic clic), si le coeur vous dit de passer me faire un coucou et/ou voir ce que je deviens.

Voilà. Je vais plutôt bien. ^_^

Bien à vous, tout ça.

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 10:05

On m'a posé une question sur le site ask.fm , comme le nombre de caractères n'était pas suffisant j'y réponds ici.

 

C'est une question compliquée en fait. C'est difficile de remonter au commencement quand c'est changeant comme ce que je vis. Je vais essayer d'expliquer, mais ça risque d'être confus et long...
Je pense qu'il y avait déjà des problèmes alimentaires quand j'étais toute petite, mais je ne sais pas trop si c'était au final les miens ou ceux de mon entourage, et je ne sais pas trop si ça tenait de la pathologie ou d'un truc "pré-pathologie" (c'est difficile à expliquer).
Par exemple j'ai appris assez récemment que ma soeur tout bébé avait eu une période où elle ne s'alimentait plus qui avait été très anxiogène pour ma mère, et que visiblement ça a eu un fort impact sur elle, et qu'elle avait tendance à me gaver quand je suis née qui viendrait peut-être de là. Cette tendance au gavage était de toutes façons aussi quelque chose de très fréquent à l'époque, les laits enrichis, les farines dans le biberon (ça se fait encore, mais quand même moins), la soupe à un mois et demi (véridique dans mon cas), totu ça c'était très encouragé par le corps médical etc. Ca a quand même pas mal changé. Pour cette part donc, ce ne sont pas des souvenirs, mais des faits racontés par la famille.

Cette tendance au gavage bébé, on la trouve encore par la suite : je passais énormément de temps avec/chez mes grands-parents qui glorifiaient beaucoup le fait d'avoir "bien" (au sens beaucoup) ou tout mangé ce qui était à disposition. J'étais une enfant gourmande et qui mangeait vraiment de tout sans rechigner. Pourtant quand j'ai commencé à moins manger, ou à exprimer des dégoûts pour certains aliments, (tout en étant toujours très gourmande et pas difficile avec les aliments rebutant le plus couramment les enfants, en tous cas rebutant ceux de ma famille.) ça s'est très mal passé, tant avec mes parents qu'avec mes grands-parents. J'ai des souvenirs assez traumatiques de scènes humiliantes où j'avais interdiction de quitter la table si je n'avais pas fini mon assiette, même si ça me rendait malade, même si je devais en vomir ensuite. (Au passage j'ai des souvenirs du même genre à la cantine de l'école, même si en version moins violente)
Ca pose déjà un cadre assez spécial, disons. A savoir qu'en même temps les premières réflexions sur mon corps  et sur mon appétit par ma famille avaient déjà lieu simultanément. C'était pas encore des vraies critiques mais des petites choses insidieuses sur mon fessier bien rebondi, ou sur mon appétit gargantuesque (oui, c'est totalement paradoxal avec le fait qu'on me refusait le droit de ne pas avoir faim ou ne pas avoir envie de manger.), comme par exemple le "il vaut mieux t'avoir en photo qu'en pension" pour dire que je dévorais...


Je crois que j'ai commencé les trucs genre voler de la nourriture, en cacher, voire en acheter seule en primaire, mais je ne saurais pas trop dire à quel âge. Je me faisais des sortes de "crises" où j'allais acheter des bonbons et où j'engouffrais tout en cachette. Evidemment à l'époque je ne voyais pas le problème et je ne sais même pas aujourd'hui si c'était déjà quelque chose de pathologique ou si c'était simplement des "bêtises" courantes d'enfant sur la base d'envies : les bonbonspar exemple étaient plutôt interdits chez nous.

Bref donc en primaire je faisais ça. Puis il y a eu le collège et la puberté. Parallèlement je vivais un abus d'ordre sexuel par un membre de ma famille. Je crois que c'est au début du collège que j'ai vomi pour la première fois après une de mes petites séances de bouffe cachée. C'était pas volontaire il me semble, c'était juste que je m'étais rendue malade en fait, mais je ne sais pas trop comment j'ai fini par me faire vomir comme ça de temps en temps, pas de façon régulière.


Ma mère a fini par s'apercevoir que je "grignotais" dans mon coin et comme avec la puberté and co je m'étais pas mal arrondie, elle m'a conduite chez une diététicienne (ou nutritionniste, je ne me souviens plus bien.) Je faisais alors 1m69 pour environ 66kg. Pas de quoi fouetter un chat, avec le recul. Mais j'étais vraiment persuadée d'être obèse, en fait. Mon entourage et en particulier ma mère (mais aussi les camarades à l'école, etc) avait réussi à me persuader de ça. C'est chez la diét donc que j'ai appris à tenir des petits carnets alimentaires.  Et à force de noter, même si j'étais pas dans une période où je faisais beaucoup de "crises" comme expliqué plus haut, j'avais l'impression que je mangeais des quantités folles de nourriture. Je ne sais plus trop comment se sont passés les rdv avec la diét', j'en garde pas vraiment de souvenir. De toutes façons, l'été de la fin du collège est arrivé, j'ai "fondu" et pris mes derniers cm, au début de ma classe de seconde je faisais donc 1m72 pour 57-58kg. J'étais pas mal sportive depuis l'enfance et en fait les moments où je prenais du poids correspondaient aux moments où j'arrêtais un sport. Par exemple au collège je faisais dans le même temps de l'équitation, de la danse et de la gym. J'ai arrêté l'équitation pour des raisons d'ambiance qui ne me faisait plus envie et en prétextant mes chevilles hyperlaxes et fragiles. La danse, c'est un peu pareil, j'ai raconté sur Twitter comment j'en étais venue à arrêter et l'ambiance pourrie qu'il y avait. De trois sport, je suis donc passée à un seul : la gym, le mercredi aprèm. Que j'ai arrêté à la fin du collège puisque c'était dans le cadre de l'asso sportive du-dit collège. Au lycée, parallèlement à ma "fonte", je me suis lancée à corps perdu dans l'aïki taî do, de 2 à 3 séances par semaine d'environ 2h-2H30 chacune. Et je me suis mise à aller à la piscine pour nager pendant mon temps libre ou à partir faire de longues balades à vélo. Mon poids me tarabustait toujours, même si j'étais beaucoup plus mince. J'avais l'impression d'être en surpoids. Je faisais encore des "crises" de temps en temps, sans que ça soit régulier.

 

C'est quand j'ai quitté la maison après le bac (et que j'ai donc arrêté les acti sportives hebdomadaires), que mon alimentation est devenue plus problématique. La première année je me suis lâchée complètement sur la bouffe. Je me faisais des séances de fast food à coups de 3 menus. Je ne vomissais plus à l'époque. Je compensais ensuite en ne mangeant plus rien pendant une semaine. C'est au cours de mes années de fac à Lyon que c'est devenu franchement flippant. C'est à ce moment que je me suis mise à me restreindre tous les jours. Je tournais à 500 calories par jour grand maximum, et évidemment je crisais régulièrement. Parallèlement j'ai entamé une jolie dépression et une phobie sociale "partielle" assez cheloue. A Lyon, je m'enfermais dans mon appart d'étudiante et je ne sortais plus que pour quelques courses essentielles à mes crises, je n'allais plus à la fac, je ne sortais plus dans la rue, tout me faisait peur et m'était trop dur. Mais je rentrais chez mes parents un week-end par-ci par-là et là je me comportais totalement à l'inverse: je passais le week-end dehors. Je sortais, je me défonçais la tronche tout le week-end, je voyais plein de monde et j'évitais la maison de mes parents comme la peste. Je crois que c'est à cette époque de la fac que tout a commencé vraiment "en grand". C'est là que je me suis mise à me restreindre tout le temps et à me faire vomir très régulièrement. Ca a continué après mon retour dans ma ville, toujours avec des phases alternées de restriction, de boulimie et d'hyperphagie.

Voilà. Je crois que j'ai fait le grand tour du "commencement".

Published by Mlle B. - dans inclassable
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