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Note aux lecteurs égarés ici :

Ceci est un blog somme toute assez personnel, voire intime. Je n'y publie pas régulièrement, au point que l'on pourrait se demander s'il a vraiment une utilité. Pour moi il en a une. Ce ne sont souvent que des billets d'humeur, parfois des réponses à des commentaires ou à des articles non-cités. Parfois c'est -très humblement- poétique, parfois c'est chirurgical. Parfois c'est très noir, voir gênant, parfois ce n'est que joie du quotidien. Sans transition. Parce que je suis ainsi, mais qu'il n'y a qu'ici que je peux faire sortir ça de cette façon.


Certains textes peuvent être violents, parce qu'ils parlent avec crudité de sexe, de troubles du comportement alimentaire, de dépression, ou de viol. Ceci est donc un avertissement à l'attention de ceux qui ne souhaitent pas s'y confronter.

17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 09:19

Trigger Warning : Agression sexuelle, inceste.

 

Ce matin, au détour de Twitter, je lis cette chronique-courrier : "C'est compliqué" sur Slate.

Je tremble un peu. Et puis je prends une grande inspiration et, seule je prononce à voix haute les mots : "C'est peut-être le moment d'éclaircir tout ça."

 

J'ouvre mon éditeur d'article, presque sûre de moi, Et là, je ne peux plus respirer. L'air me manque. "Tout ça".

 

Ce matin, je veux mettre des mots sur "tout ça". "Tout ça" c'est le début de mon histoire. Un début que j'ai déjà évoqué plusieurs fois ici mais jamais en détails, je crois.

 

Je ne sais plus à quel âge "tout ça" a commencé. J'étais une enfant. J'avais une famille, des cousins et des cousines. On passait beaucoup de nos vacances ensemble et forcément on jouait, quoi de plus normal ? Il y avait S. ma grande cousine. A. mon cousin à peine plus âgé que moi, Se. le petit frère de ma cousine, et C. la soeur de mon cousin. Deux fratries et moi. Ma soeur, plus âgée est absente de ce tableau. On jouait énormément à se déguiser, on faisait un mini-spectacle chaque été pour les adultes à base de trapèze, de balançoire, de roues et de déguisements. Ca finissait toujours par un mariage. Allez savoir pourquoi, c'était notre thème de déguisement préféré. A part une ou deux fois, c'était presque toujours A. et moi qui étions les mariés. Alors je ne sais plus comment tout a commencé mais ça a probablement commencé ici, à ces mariages grimés.

 

A. et moi, comme un couple désigné.

 

A. a commencé à me toucher, c'était peut-être innocent, ça faisait partie de nos jeux. Progressivement, il me touchait de plus en plus souvent, puis il s'est mis à toucher mes fesses et mon entrejambe. Puis il se collait à moi. Quant à moi, ce que j'en pensais, je n'en sais franchement rien. Est-ce que je réagissais ? Je ne crois pas. Je me contentais de ne pas bouger et de laisser faire. Je ne savais pas si c'était bien ou mal. C'était, c'est tout. Ca faisait partie de ma réalité. Au fur et à mesure, tout est devenu prétexte à se coller à moi et à frotter tout son corps contre le mien. J'ai commencé à être mal à l'aise de ce corps plus lourd que le mien qui m'écrasait au cours de nos jeux quand personne ne regardait.

 

En jouant à cache-cache, il se cachait avec moi et se plaquait contre moi. Ou bien c'était lui qui cherchait, il me trouvait et se plaquait contre moi, délaissant les autres joueurs cachés. En jouant au papa et à la maman avec C. qui faisait le bébé, il fallait coucher le bébé puis aller dans la "chambre des parents" et il se plaquait contre moi. En se déguisant, il m'habillait et vérifiait tout, une autre façon de me toucher et d'insinuer ses mains partout. En jouant allongés par terre à des jeux de société ou de construction, sa main traînait sur mes fesses. Parfois je repense à des souvenirs d'enfance et paf ça explose et tout n'est que plaquage et frottements. Je ne vois plus que ça. Je ne me souviens plus que de ça.

 

Je ne sais plus non plus comment, mais au tout début de l'adolescence, je me suis lentement et progressivement rendue compte que c'était mal. Qu'il ne fallait pas faire ça. Puis, beaucoup plus tard, qu'il ne fallait pas faire ça entre cousins. Je ne savais pas quoi faire. J'ai commencé progressivement à essayer d'éviter les situations où il pourrait me plaquer et se frotter à moi. Mais il y en avait toujours. Alors je ne bougeais pas, je ne disais rien. J'étais à la fois indécise, terrorisée, excitée et honteuse. Progressivement toujours, je tentais de le repousser, mais il était toujours plus lourd et plus fort que moi. Il en vint même à me caresser avec son pied sous la table où l'on mangeait en famille. Ou bien il attrapait mon propre pied et le collait sur son entrejambe, se frottant avec.

 

Je n'avais pas peur non. Ce que je ressentais c'était de la terreur pure. Pas de lui, en premier lieu, mais qu'on découvre ce que je croyais faire avec lui. Je savais que c'était mal. Et j'étais persuadée d'être participante à part entière, malgré mes tentatives de fuites. J'étais persuadée d'être responsable. D'être coupable.

 

Aujourd'hui encore j'ai du mal à me dégager de cette culpabilité. Je n'ai rien dit. J'ai même cru que c'était normal au départ. Mes souvenirs d'enfance sont à jamais teintés de ces "j'aurais dû" si pernicieux. Mais je n'ai pas. J'ai beau me dire et me répéter que je ne savais pas, que je ne pouvais pas savoir, que personne ne m'avait rien dit, qu'on m'avait juste mise en garde contre les "inconnus avec des bonbons ou des chiots", les "j'aurais dû" restent en suspens dans l'air et me pointent du doigt. L'excitation physique que j'ai parfois ressentie et le fait que j'aie tout fait pour cacher ce qui se passait n'aident pas. Ils m'auréolent un peu plus de culpabilité. J'ai laissé faire.

 

Quelque part en moi y a une enfant qui hurle et pleure "JE NE SAVAIS PAS", mais je n'arrive pas à la consoler, je n'arrive qu'à lui dire "tu aurais dû". Je vis sur ce paradoxe, cette position bancale où je suis à la fois victime et coupable.

 

Il y a encore beaucoup à dire sur "tout ça" mais je continuerai demain, parce qu'à chaque jour suffit sa peine et que le temps de calmer ma crise de panique il sera l'heure de céder au quotidien, d'aller chercher mon Ourson à l'école, d'être ce qui ressemble le plus possible à la normalité. A demain, donc.

 

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