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Note aux lecteurs égarés ici :

Ceci est un blog somme toute assez personnel, voire intime. Je n'y publie pas régulièrement, au point que l'on pourrait se demander s'il a vraiment une utilité. Pour moi il en a une. Ce ne sont souvent que des billets d'humeur, parfois des réponses à des commentaires ou à des articles non-cités. Parfois c'est -très humblement- poétique, parfois c'est chirurgical. Parfois c'est très noir, voir gênant, parfois ce n'est que joie du quotidien. Sans transition. Parce que je suis ainsi, mais qu'il n'y a qu'ici que je peux faire sortir ça de cette façon.


Certains textes peuvent être violents, parce qu'ils parlent avec crudité de sexe, de troubles du comportement alimentaire, de dépression, ou de viol. Ceci est donc un avertissement à l'attention de ceux qui ne souhaitent pas s'y confronter.

16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 21:21

Alors, je vais probablement totalement perdre mes lecteurs et lectrices habituel-le-s avec ce texte, mais ça fait un moment que cette réflexion me trotte dans la tête et sur mon ordinateur. Il fallait bien que je finisse par la poser quelque part. Pas de TW ou CW particulier à part que ça sera peut-être aussi brouillon que dans ma tête, comme d'habitude. Si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez juste me donner votre avis en commentaire, sans m'insulter, c'est fait pour ça.


Ca ne plaira pas, je pense, mais j'en ai franchement ras-le-bol du discours qui voudrait que la violence de l'opprimé soit forcément légitime mis à toutes les sauces, dans l'univers militant en général et dans les divers courants féministes en particulier.


C'est un discours qui est valide lorsqu'on parle d'oppression et de domination.

Dans nos milieux militants ça ne devrait franchement pas avoir lieu d'être autant que je le vois. Parce que j'en ai marre de l'ambiance délétère que je vois sur les réseaux sociaux en permanence. J'en ai marre de la violence de nos milieux. J'en ai marre d'avoir peur de simplement réfléchir à voix haute/clavier haut. On devrait pouvoir le faire en toute franchise dans ces milieux-là.
On devrait pouvoir se tromper. On s'est tou-te-s déjà trompé. L'oublier c'est juste nier les oppressions et les conditionnements que l'on subit.
On devrait pouvoir ne pas être d'accord, sans obligatoirement se foutre sur la gueule, on a le droit de dire un truc à quelqu'un sans que celui-ci se sente automatiquement agressé, et inversement on peut dire un truc à quelqu'un sans automatiquement l'agresser ou se foutre de sa gueule.
On devrait pouvoir avoir le droit de n'avoir pas lu les posts de tout le monde, pour diverses raisons.

On devrait pouvoir avoir le droit de ne pas parler d'une chose sous le même angle qu'un autre et en même temps, sans que ça devienne un crime de lèse-majesté odieux.
Mais ça n'est pas possible. Parce que systématiquement quand tu dis une connerie (CA ARRIVE BON SANG DEAL WITH IT), ou que simplement tu dis un truc sur un sujet en en parlant sous un autre angle, au lieu d'avoir une camarade qui viendra te faire remarquer gentiment que ce que tu as dit est faux, arguments à l'appui, ou que tu oublies certain-e-s en disant ça, ou que tu n'as pas vu que Untel ou Unetelle ne parlait pas de ça de cette façon, ou que sais-je encore qui te permette d'avancer ta réflexion et de faire avancer la réflexion collective, au lieu de ça, on vient t'insulter et te dire que tu es de la merde, la lie de l'humanité, la lie du militantisme et de sa cohorte d'allié-e-s et on t'affichera sur les gros comptes populaires, repris ensuite à l'infini sur les réseaux.
Et si tu t'insurges du traitement, tu te prendras inévitablement dans les dents ce petit discours sur la violence, la colère et les actions légitimes de l'opprimé. La personne qui te le balancera sera persuadée de son bon droit, même si pas une seconde elle n'aura pensé que tu es peut-être aussi largement opprimé qu'elle, sur un autre plan d'oppression. Ou bien encore, la personne se contentera de t'insulter et d'asséner que tu as tord par subpost interposé. Pas une seconde elle ne sera venue te dire simplement "hé, je ne suis pas d'accord avec toi, parce que ci, parce que ça." Si tu ne la suis pas, ou si tu loupes ses posts ou si tu ne comprends simplement pas que c'est de toi qu'il s'agit, tu ne pourras même pas comprendre, tu ne pourras pas évoluer dans ta réflexion, tu ne pourras pas participer à une émulation collective et à un avancement des luttes, tu seras juste considérée par une partie des gens qui suivent cette personne comme la lie du militantisme, sans que tu le saches.

Belle ambiance.

 


Ca donne tellement envie de s'exprimer.

 


Et le plus drôle, c'est qu'inversement, si tu fais partie des rares personnes à venir dire calmement à quelqu'un "je ne suis pas d'accord avec toi" ou "hem, dis donc t'as un petit peu merdé là non ?", tu seras traitée également comme quelqu'un d'agressif et d'odieux. Il est interdit de dire quoi que ce soit à Tel ou Telle parce que, dis donc, t'as pas honte de distribuer des badges de bon militantisme ?! T'as pas honte de l'agresser avec ton avis ?


Ca donne tellement envie de s'exprimer aussi.

 


Et qu'on ne vienne pas me dire que, là, je fais de la chouinerie "on ne peut plus rien dire", ce n'est vraiment pas du tout ça que j'essaie d'exprimer.
Pour en revenir à la fameuse colère prétendue légitime, prenons l'exemple d'une personne atteinte d'un trouble neuro/psycho qui a une peur panique de s'exprimer en public, une peur panique de se tromper, une peur panique de ne pas être assez bienveillante avec les autres,
ou bien même une peur panique de perdre la bienveillance ou l'amitié supposée des gens qu'elle côtoie, ou encore quelqu'un qui a du mal à articuler ses idées, qui a du mal à poser des mots sur ses idées. Je ne parle même pas d'une personne qui réunit toutes ces peurs et ces problèmes... Elle fait comment pour s'exprimer dans l'actuelle ambiance de nos milieux ? ben j'vais vous le dire : elle voit, elle observe, et elle ferme sa gueule.


C'est bien, c'est beau niveau silenciation des plus faibles. Vraiment un chouette modèle qui fait envie.


Résultat au final, dans nos milieux c'est comme partout : ce sont les + violents, les + expeansifs, les + "drama", les + grandes gueules qui prennent tout l'espace de parole. Les plus faibles, timides, discrets s'écrasent. Il n'y a plus de place pour la bienveillance parce que la colère est légitime, parce que ne pas être d'accord c'est forcément agresser. Même chez nous, on ne sort pas du virilisme au final : il faut donner son avis violemment et même quand tu ne le fais pas on fera comme si tu l'avais fait et la réponse sera à cette même hauteur de violence.


Alors oui, parfois une personne qui a du mal à s'exprimer, ou bien qui n'a juste pas pensé à toutes les implications de ce qu'elle dit va fourcher, dire une merde, se tromper, tomber à côté de la plaque. Oui ça va te mettre en colère, toi, là-bas, parce que tu auras l'impression d'être nié dans ton ressenti, dans ton identité. Oui, des fois, tu vas dire un truc et on va t'expliquer pourquoi c'est faux ou pourquoi y a d'autres façons de voir et tu vas te sentir un peu minable.

 


Mais la colère, l'agressivité ça se contrôle aussi. Peut-être, éventuellement, je ne sais pas, elles seraient mieux dirigée contre les dominants. Plutôt que sur quelqu'un qui essaie de réfléchir et de participer à une réflexion collective sur les oppressions. Mais non, on préfère rester dans un système où tu peux exprimer ta colère individuellement, au risque d'écraser d'autres gens, plutôt que de se réserver pour une saine colère collective. Alors je sais pas vous, mais moi ma colère je vais juste la diriger vers les dominants réels de la société et je vais rester tranquillement une hippie qui aime bien tout le monde et qui n'a pas d'avis sur telle ou telle question, dans mon coin, en fermant bien sagement ma gueule puisque Twitter, par exemple, me cause des crises d'angoisse chaque fois que j'aimerais y articuler ma réflexion pour que d'autres y apportent la leur ou chaque fois que j'essaie d'apporter ma réflexion à d'autres afin qu'on s'articule tous ensemble.


Le plus amusant c'est que ce texte, personne n'en aura rien à carrer et encore moins les gens qui ont typiquement ce genre de réactions délétères. Mais tout va bien, puisqu'on construit des espaces "safe" où chaque colère individuelle extériorisée est légitime.

 

Tout va bien.

 

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Published by Mlle B.
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