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Note aux lecteurs égarés ici :

Ceci est un blog somme toute assez personnel, voire intime. Je n'y publie pas régulièrement, au point que l'on pourrait se demander s'il a vraiment une utilité. Pour moi il en a une. Ce ne sont souvent que des billets d'humeur, parfois des réponses à des commentaires ou à des articles non-cités. Parfois c'est -très humblement- poétique, parfois c'est chirurgical. Parfois c'est très noir, voir gênant, parfois ce n'est que joie du quotidien. Sans transition. Parce que je suis ainsi, mais qu'il n'y a qu'ici que je peux faire sortir ça de cette façon.


Certains textes peuvent être violents, parce qu'ils parlent avec crudité de sexe, de troubles du comportement alimentaire, de dépression, ou de viol. Ceci est donc un avertissement à l'attention de ceux qui ne souhaitent pas s'y confronter.

17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 21:05

 Partie 2 de "Tout ça."

 

Au départ, "tout ça" n'était qu'une partie de ma vie. Comme l'école en était une autre, ou bien les jeux du parc pour enfants. Ce n'était que ce qui se passait "là-bas". Puis, au fur et à mesure, ça m'a imprégnée.

Ma réalisation de ce qui se passait a été lente et progressive, elle se déroule sur mes premières années collège. Et c'est devenu toute ma vie. J'y pensais presque tout le temps. J'étais pétrie dans ma douleur, ma culpabilité et mon incapacité à réagir. J'angoissais des week-ends et des vacances. J'angoissais d'aller "là-bas". Et je ne disais rien. Rien ne filtrait. J'étais murée dans le silence.

 

Réaction à "tout ça" ou prémices de mon trouble de la personnalité borderline, je laissais de plus en plus s'exprimer ma colère et mon désarroi à la face de minuscules évènements frustrants de la vie quotidienne. Je pleurais, je hurlais, je partais en claquant la porte et je me murais dans les sanglots et mon silence habituel pendant qu'à l'intérieur ça bouillonnait de rage et de désespoir. Jusqu'au jour où, en 4ème,  j'ai craqué devant une professeure. Je l'ai déjà évoqué dans cet article. Je n'arrivais presque pas à parler.

"-Est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas à la maison ou en dehors de l'école ? Quelqu'un t'embête ?

- C'est... mon cousin..

-Est-ce qu'il t'a demandé de faire quelque chose que vous ne devriez pas faire ?

-En fait, il ne demande pas. "

C'est l'exact contenu de la conversation que nous avons eue entrecoupée de sanglots, de bredouillements et d'hésitations.

"En fait il ne demande pas".

C'est tout ce qui est sorti ce jour-là et j'ai eu énormément de chance d'être tombée sur une personne qui a tout de suite émis des hypothèses allant dans la bonne direction. J'ai pleuré de longues minutes dans ses bras, de soulagement et de terreur à la fois. Je ne l'oublierai jamais. Je n'oublierai jamais qu'elle a su deviner ce que personne ne voyait, alors même que c'était sous le nez de beaucoup de monde. Comme mentionné dans l'article linké plus haut, j'ai ensuite vu la psychologue (ou assistante sociale, je ne sais toujours pas qui elle était en fait, c'était le même bureau.) de l'école.

 

Les rendez-vous se passaient mal.  Au premier, elle a juste attendu que je parle, pendant de longues très longues minutes. Je n'arrivais à sortir que des bredouillements sans aucun sens. Elle m'a redonné un autre rdv. A celui-ci, elle a attendu, pendant que je fixais avec horreur Tintin et Milou sur son pull bleu, puis à mi-chemin, elle a commencé à me tirer les vers du nez à partir de ce qu'avait rapporté la professeure.

Ca a été long et difficile, pour très peu de choses dites au final. Je n'avais pas les mots pour expliquer ce qui se passait. Je n'avais pas le regard que j'ai aujourd'hui pour comprendre la culpabilité que je ressentais. Au troisième rdv je crois, elle a fait un résumé de ce que j'avais laissé entendre et m'a déclaré qu'il fallait en parler. En parler à d'autres gens qu'elle. Mes yeux ont dû sortir de ma tête tellement ça me paraissait le truc le plus impossible que j'aie jamais entendu de toute ma vie.

 

Elle a passé le reste des rendez-vous à tenter de me convaincre de parler à ma famille, avec des arguments comme "dans quel état tu te sentirais s'il le fait à d'autres ? " "Tu l'aimes pourtant ta cousine ? " "Elle n'a rien fait pour mériter ça, alors s'il lui fait aussi... ? " Le souvenir diffus que j'ai de ces rendez-vous c'est moi, butée, avec mon sac sur les genoux, les bras croisés par dessus, ou moi en pleurs, terrorisée, et ses stupides pulls Tintin ou Mickey. Je les fixais pendant tout le rendez-vous, complètement stupéfaite de leur faire face, d'être là et d'écouter les horreurs qu'elle me prédisait.

 

Je ne comprenais même plus pourquoi j'étais là. Plus elle me parlait, plus je me sentais mal et coupable. Plus j'avais l'impression que tout était de ma faute. C'était ma faute si c'était arrivé, c'était ma faute si je n'avais rien dit et c'était encore ma faute si je n'arrivais pas à parler. Et, enfin, ce serait ma faute si quelque chose d'autre arrivait. 

Un jour, épuisée, j'ai fini par donner mon accord pour qu'elle appelle ma mère et qu'elle lui explique elle-même ce qui se passait. Je lui ai expressément dit que "moi je ne pourrai pas".

 

J'ai vécu les jours suivants avec la gorge un peu moins serrée. Pendant quelques jours, ma vie n'a plus tourné uniquement autour de "tout ça".

 

Puis un midi, pendant que je mangeais à la cantine, j'ai vu passer ma mère en trombe dans la cour. Je n'ai pas fait le lien. A la fin du repas, nous sommes sorties avec mes copines, jouer dehors, il faisait beau. Je ne sais plus à quoi on jouait, mais soudain une main m'a attrapé sèchement le coude par derrière et une voix m'a sifflé "TOI !" C'était ma mère. Elle a sifflé entre ses dents, furieuse, "toi, tu vas voir, il faut qu'on parle ce soir !" Elle serrait tellement fort mon bras et elle avait l'air tellement en colère. J'étais terrorisée encore une fois. Elle est repartie après ces quelques mots, comme une furie. Mes copines demandaient ce qu'elle m'avait dit, ce qu'il se passait, ce que j'avais fait et je ne savais que sangloter "je ne sais pas". Le reste de l'après-midi s'est déroulé dans le flou et la panique la plus totale.

 

Je coupe encore une fois l'écriture ici, parce que revenir là-dessus est vraiment très difficile pour moi émotionnellement. Je crois que c'est l'une des blessures les plus importantes de ma vie. Bref à plus tard, quand j'aurai trouvé le courage de continuer.

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 09:19

Trigger Warning : Agression sexuelle, inceste.

 

Ce matin, au détour de Twitter, je lis cette chronique-courrier : "C'est compliqué" sur Slate.

Je tremble un peu. Et puis je prends une grande inspiration et, seule je prononce à voix haute les mots : "C'est peut-être le moment d'éclaircir tout ça."

 

J'ouvre mon éditeur d'article, presque sûre de moi, Et là, je ne peux plus respirer. L'air me manque. "Tout ça".

 

Ce matin, je veux mettre des mots sur "tout ça". "Tout ça" c'est le début de mon histoire. Un début que j'ai déjà évoqué plusieurs fois ici mais jamais en détails, je crois.

 

Je ne sais plus à quel âge "tout ça" a commencé. J'étais une enfant. J'avais une famille, des cousins et des cousines. On passait beaucoup de nos vacances ensemble et forcément on jouait, quoi de plus normal ? Il y avait S. ma grande cousine. A. mon cousin à peine plus âgé que moi, Se. le petit frère de ma cousine, et C. la soeur de mon cousin. Deux fratries et moi. Ma soeur, plus âgée est absente de ce tableau. On jouait énormément à se déguiser, on faisait un mini-spectacle chaque été pour les adultes à base de trapèze, de balançoire, de roues et de déguisements. Ca finissait toujours par un mariage. Allez savoir pourquoi, c'était notre thème de déguisement préféré. A part une ou deux fois, c'était presque toujours A. et moi qui étions les mariés. Alors je ne sais plus comment tout a commencé mais ça a probablement commencé ici, à ces mariages grimés.

 

A. et moi, comme un couple désigné.

 

A. a commencé à me toucher, c'était peut-être innocent, ça faisait partie de nos jeux. Progressivement, il me touchait de plus en plus souvent, puis il s'est mis à toucher mes fesses et mon entrejambe. Puis il se collait à moi. Quant à moi, ce que j'en pensais, je n'en sais franchement rien. Est-ce que je réagissais ? Je ne crois pas. Je me contentais de ne pas bouger et de laisser faire. Je ne savais pas si c'était bien ou mal. C'était, c'est tout. Ca faisait partie de ma réalité. Au fur et à mesure, tout est devenu prétexte à se coller à moi et à frotter tout son corps contre le mien. J'ai commencé à être mal à l'aise de ce corps plus lourd que le mien qui m'écrasait au cours de nos jeux quand personne ne regardait.

 

En jouant à cache-cache, il se cachait avec moi et se plaquait contre moi. Ou bien c'était lui qui cherchait, il me trouvait et se plaquait contre moi, délaissant les autres joueurs cachés. En jouant au papa et à la maman avec C. qui faisait le bébé, il fallait coucher le bébé puis aller dans la "chambre des parents" et il se plaquait contre moi. En se déguisant, il m'habillait et vérifiait tout, une autre façon de me toucher et d'insinuer ses mains partout. En jouant allongés par terre à des jeux de société ou de construction, sa main traînait sur mes fesses. Parfois je repense à des souvenirs d'enfance et paf ça explose et tout n'est que plaquage et frottements. Je ne vois plus que ça. Je ne me souviens plus que de ça.

 

Je ne sais plus non plus comment, mais au tout début de l'adolescence, je me suis lentement et progressivement rendue compte que c'était mal. Qu'il ne fallait pas faire ça. Puis, beaucoup plus tard, qu'il ne fallait pas faire ça entre cousins. Je ne savais pas quoi faire. J'ai commencé progressivement à essayer d'éviter les situations où il pourrait me plaquer et se frotter à moi. Mais il y en avait toujours. Alors je ne bougeais pas, je ne disais rien. J'étais à la fois indécise, terrorisée, excitée et honteuse. Progressivement toujours, je tentais de le repousser, mais il était toujours plus lourd et plus fort que moi. Il en vint même à me caresser avec son pied sous la table où l'on mangeait en famille. Ou bien il attrapait mon propre pied et le collait sur son entrejambe, se frottant avec.

 

Je n'avais pas peur non. Ce que je ressentais c'était de la terreur pure. Pas de lui, en premier lieu, mais qu'on découvre ce que je croyais faire avec lui. Je savais que c'était mal. Et j'étais persuadée d'être participante à part entière, malgré mes tentatives de fuites. J'étais persuadée d'être responsable. D'être coupable.

 

Aujourd'hui encore j'ai du mal à me dégager de cette culpabilité. Je n'ai rien dit. J'ai même cru que c'était normal au départ. Mes souvenirs d'enfance sont à jamais teintés de ces "j'aurais dû" si pernicieux. Mais je n'ai pas. J'ai beau me dire et me répéter que je ne savais pas, que je ne pouvais pas savoir, que personne ne m'avait rien dit, qu'on m'avait juste mise en garde contre les "inconnus avec des bonbons ou des chiots", les "j'aurais dû" restent en suspens dans l'air et me pointent du doigt. L'excitation physique que j'ai parfois ressentie et le fait que j'aie tout fait pour cacher ce qui se passait n'aident pas. Ils m'auréolent un peu plus de culpabilité. J'ai laissé faire.

 

Quelque part en moi y a une enfant qui hurle et pleure "JE NE SAVAIS PAS", mais je n'arrive pas à la consoler, je n'arrive qu'à lui dire "tu aurais dû". Je vis sur ce paradoxe, cette position bancale où je suis à la fois victime et coupable.

 

Il y a encore beaucoup à dire sur "tout ça" mais je continuerai demain, parce qu'à chaque jour suffit sa peine et que le temps de calmer ma crise de panique il sera l'heure de céder au quotidien, d'aller chercher mon Ourson à l'école, d'être ce qui ressemble le plus possible à la normalité. A demain, donc.

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 19:40

Des souvenirs qui remontent et que j'ai besoin de poser ici et d'intégrer à une réflexion plus globale sur ma vie, sans savoir si ce que je vais évoquer n'est qu'un hasard de mon histoire personnelle, ou s'il s'agit d'un truc systémique.

 

AVERTISSEMENT DE CONTENU SENSIBLE / TRIGGER WARNING : viol, agression sexuelle, inceste, alcool.

Ne dépassez pas vos limites, ne lisez que ce qui est soutenable pour vous. Vous ne me devez rien, encore moins une lecture qui peut vous faire du mal. Et ça risque d'être long.

 

Commençons par un semblant de commencement : J'ai été abusée sexuellement dans mon enfance (pré-adolescence /adolescence) par un autre enfant plus âgé de ma famille. C'est une situation assez complexe que je n'évoquerai pas dans les détails ici, et il n'est pas question de juger de la responsabilité de l'auteur des actes ou quoi que ce soit du genre. Mais, c'est un fait : j'en suis ressortie aussi brisée qu'une victime d'abus sexuels dont l'abuseur est pénalement responsable. J'ai été comme marquée au fer pour le restant de ma vie.

 

J'ai commencé à manifester mon mal-être au collège par des colères soudaines et inextinguibles pour des broutilles ou des choses plus importantes. Tout particulièrement lors des cours de sport. Je refusais de me déshabiller dans le vestiaire commun, je m'enfuyais des cours et me cachais dans des salles éteintes... Mais il m'arrivait également d'en piquer dans d'autres cours, dans ces cas-là je hurlais en pleurant plus ou moins et je partais en courant, en claquant la porte et je me réfugiais généralement dans les toilettes de l'étage. Un jour, l'une de ces colères a été phénoménale : pour faire court je me suis fait disputer pour bavardage par ma professeur principale qui était aussi ma prof préférée, alors que je demandais à un-e camarade bavard-e de se taire. L'injustice de la situation m'a frappée en plein coeur et je me suis époumonée à la dénoncer, puis je suis partie en jetant ma chaise par terre, en pleurant et en claquant la porte. Direction les toilettes donc, où habituellement les autres élèves me laissaient me remettre seule. Pas cette fois-ci. D'autres élèves (pas spécialement des amies, dont une certaine C. sur laquelle je reviendrai plus tard.) sont venues me chercher et me dire que la prof me réclamait. De toutes façons il fallait bien que j'y retourne pour chercher mes affaires restées à ma table. S'en est suivi un interrogatoire en douceur par ma prof, qui a réussi à me tirer un petit peu les vers du nez au milieu de sanglots. Que cette personne en soit bénie à jamais. Elle ne m'a pas engueulée, elle a juste constaté que ce n'était pas la première fois, que ça arrivait de plus en plus souvent et s'est immédiatement inquiétée de savoir si quelque chose ne tournait pas rond dans ma vie en dehors de ma scolarité. Puis elle m'a longuement écoutée, et consolée. Spoiler alert : c'est environ le seul être humain décent que j'aie croisé avant très longtemps.

 

Ne sachant quoi faire, elle a demandé conseil au chef d'établissement avec mon accord, qui lui a conseillé de me mettre en relation avec l'assistante sociale du collège. J'ai eu ensuite des rendez-vous avec cette dame qui se sont globalement très mal passés mais je vais éluder tout ceci pour le moment.

 

Plus tard, quelques élèves ont essayé eux aussi de me tirer les vers du nez à force de constater mes sorties théâtrales et mes pleurs incontrôlables. Avec plus ou moins de succès. Pour une raison que j'ignore encore aujourd'hui, celle auprès de qui j'ai fini par m'épancher un peu était cette fameuse C. qui habitait dans un immeuble en face du mien. Elle m'a invité chez elle et nous avons parlé. On n'était pas proches avant ça, même si on se connaissait depuis l'école primaire, on évoluait juste dans des cercles amicaux différents. Je ne me souviens plus de la teneur exacte de toute la conversation si ce n'est que je lui ai révélé mon big secret : les abus dont j'étais victime. Elle m'a consolée, on a parlé d'autres choses et puis voilà. De loin en loin, plus tard elle continuait de m'inviter une fois de temps en temps et je lui parlais de l'évolution des abus (qui continuaient toujours pendant ce temps-là oui) et de l'évolution des séances avec l'assistante sociale. De loin en loin, ces petites conversations restées secrètes pour les autres élèves (en tous cas je le pensais et même aujourd'hui je n'ai pas spécialement de raison d'en douter) s'espaçaient petit à petit. Puis elles n'ont plus eu lieu. Je ne sais pas comment ni pourquoi. Juste je n'ai plus été invitée à lui parler. Et la vie a continué son cours. Comme si de rien n'était. Elle ne m'en a plus jamais reparlé et moi non plus. Comme si nous n'avions jamais eu cette espèce de connexion bizarre de confidences.

 

De la même façon après un fiasco total auprès de l'assistante sociale qui savait elle aussi, j'ai juste manqué un rendez-vous auquel elle m'avait convoquée et je n'en ai plus jamais entendu parler. Comme si de rien n'était. J'ai donc tout balayé sous le tapis et j'ai continué ma vie avec plus ou moins de mal.

 

Parallèlement à tout ceci, j'ai un jour parlé à un autre membre de ma famille, appelons le S. Un autre enfant. Nous étions à cette époque deux adolescents, et je ne sais pas par quel miracle, j'ai réussi à évoquer ce qui se passait avec lui et ce dont il avait déjà été partiellement témoin. (c'est vraiment compliqué de situer le contexte sans donner trop de détails, je m'en excuse.) En gros j'ai parlé de ce dont il avait été témoin et j'ai dit que ça me dérangeait, que ça me gênait. Il a dit qu'il l'avait remarqué. J'en étais déjà baba. Rien que ça j'en étais soulagée mais soulagée. On en a brièvement discuté sans entrer trop dans les détails et surtout parce que j'avais une question à lui poser : avait-il été témoin d'abus identiques de la part de la même personne sur une autre fille plus jeune de la famille ? J'étais terrorisée à l'idée de ne pas être la seule victime. La réponse a été non, nous avons disséqué des moments, des souvenirs, pour essayer de savoir si oui ou non, mais on aurait bien dit que non. Puis nous n'en avons plus parlé.

 

Environ un an et demi ou deux ans plus tard, j'ai réévoqué brièvement ces abus sous la forme "Tu te souviens ce dont nous avons parlé au sujet de...." ou quelque chose dans ce genre-là. La réponse a été claire, nette, tranchante. "Non . Je n'ai aucune idée de quoi tu parles." J'ai été estomaquée, j'avais peur en lui parlant la première fois de l'avoir traumatisée, mais il avait juste oublié, tout occulté. J'ai insisté un peu, continué mes allusions, mais rien, plus rien ne restait : ni souvenirs de ce dont il avait été témoin, ni souvenirs de la conversation que nous avions eu, ni souvenirs de nos inquiétudes. Rien. Comme si de rien n'était. Alors je n'en ai plus jamais jamais jamais jamais jamais parlé. Aujourd'hui encore je n'arrive pas à parler de ces abus dans le détail. Je reste toujours en surface en en parlant, j'admets qu'ils ont existé et je peux éventuellement dire qui était l'abuseur suivant mon interlocuteur, mais pour le reste, je ne peux pas. Je me souviens d'à peu près tout, mais ça ne sort pas.

 

Ma vie a donc continué, comme si de rien n'était. J'ai été ensuite violée par un presque inconnu. Ce viol-là je l'ai enfoui. Enfoui, enfoui, enfoui sous des tonnes de mensonges, de fables, d'oubli. Jusqu'à un jour où tout m'est revenu en pleine face avec les détails. Ce jour, c'est celui où j'ai écrit cet article et ses suites. (Gros, très gros Trigger Warning sur le viol, évidemment, avec des détails, trop de détails probablement. ) Je ne veux pas y revenir pour le moment.

 

Ma vie a encore continué, comme si de rien n'était.

 

Puis j'ai été à nouveau violée. Au cours d'une soirée chez un copain. Par une connaissance commune. Pour décrire brièvement les circonstances : j'étais bourrée, je me suis endormie dans les bras d'un très cher ami qui est parti pendant mon sommeil, au milieu d'autres gens endormis dans la pièce. Un autre mec a pris sa place, a commencé à me peloter et me déshabiller etc alors que je dormais, je suppose. Je me suis réveillée à un moment donné, complètement dans le flou en croyant que c'était mon ami qui me caressait, puis j'ai compris que ce n'était pas lui et que de toutes façons ça allait trop loin que ce soit lui ou pas et j'ai rué dans les brancards sans faire de bruit, tentant de repousser les mains, repousser le corps, mais c'était déjà trop tard. Il m'a violée tandis que je pleurais silencieusement en donnant des coups de pieds vers l'arrière. Ce n'est que quand il a eu fini qu'il a dû se rendre compte que je pleurais de plus en plus fort. Il s'est reculé en bredouillant, et je me suis enfuie en courant dans la salle de bains de la maison où je me suis enfermée. Il a tambouriné un moment à la porte. Je suis restée là à pleurer. Puis après je ne sais pas combien de temps, ne sachant pas quoi faire et étant épuisée, je suis juste retournée dans la pièce, j'ai sifflé "ne m'approche pas" et je suis allée me coucher le plus loin possible de lui tout contre l'ami chez qui nous étions. Au matin je suis rentrée chez moi dans un état second. Je l'ai évoqué ici et ici. (Encore une fois TW viol sur ces articles)

 

J'ai eu du mal à en parler à mon compagnon à l'époque, je ne me souviens plus vraiment ce que j'ai dit, comment et quand je l'ai dit, ni même si je l'ai dit, ou s'il s'est contenté de lire mon blog. Je ne me souviens plus. J'ai occulté tout ça. Les jours suivant ont été flous. Je ne me souviens que de l'odeur qui m'a marquée. L'odeur de son corps à lui. L'odeur que je revis, que je sens à nouveau parfois lors de réminiscences. Ce n'est pas vraiment le sujet aujourd'hui. Quelques mois plus tard, je me suis retrouvée dans une autre soirée. Un concert donné par des amis. J'ai recroisé l'homme qui m'a violée au cours de cette soirée. J'ai ensuite écrit cet article sur un coin de table, mais on s'en fout. Surtout, un peu plus tard, j'étais très alcoolisée et complètement "déchaînée". Je ne saurais pas expliquer mon état. J'étais à la fois en colère, traumatisée mais avec une rage de vivre et une envie de bouffer tout le monde tout cru. L'homme qui m'a violée était parti. J'ai discuté avec un de ces plus proches amis avec qui je m'entendais bien, appelons le J. Au détour de la conversation, tout est sorti. Ce qu'il m'avait fait. J. était effondré et me répétait que ce n'était pas possible tout en me disant qu'il me croyait. On a beaucoup parlé.

 

Des semaines plus tard nous nous sommes recroisés dans une soirée où était aussi présent l'homme qui m'a violée. J. m'a attrapée au détour d'un couloir et m'a dit "il voudrait te parler ! De ce qu'il a fait... " J'ai dit non. J'ai refusé. Quand j'ai croisé l'homme qui m'a violée, il m'a attrapée par le bras en me disant qu'il voulait me parler, je me suis dégagée, et j'ai couru pour m'éloigner de lui en lui disant d'aller se faire foutre. J'ai fui. Le plus loin que je pouvais. J'ai fui. Je le regrette parfois aujourd'hui. J'aurais pu le mettre en face de ce qu'il avait fait. Passons. Encore des semaines plus tard j'ai recroisé J. dans diverses soirées, j'ai essayé de reparler de ça avec lui. Mais la porte était fermée. Il ne comprenait pas mes allusions ou faisait semblant de ne pas les comprendre quand j'essayais d'aborder le sujet. Il changeait de sujet, voguait vers une autre personne. Pourtant on discutait ensemble d'autre sujets. Comme si de rien n'était.

 

Et ma vie a continué. Comme si de rien n'était.

 

Aujourd'hui, je trouve la récurrence de ces silences, de ces oublis, de ces reniements effrayante. Je n'en ai mentionné que quelques-uns ici, les plus marquants pour moi, mais il y en a eu d'autres. Comme je l'ai dit, je ne sais si ces négations, ces occultations, volontaires ou non, sont systémiques ou particulières à mon histoire personnelle. Mais le fait est que j'ai été enfermée dans une gangue de silence depuis toujours.

 

Alors je continue ma vie.

Comme si de rien n'était.

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Published by Ursidéa B. - dans viols et violences
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 13:00

Un animateur de radio a publié il y a quelques jours une vidéo style "caméra cachée" où il force des filles à l'embrasser dans la rue, se croyant très drôle. Non je ne mets pas de lien, il a suffisamment/trop de vues. Ce qu'il ne semble pas comprendre c'est que ça n'a rien de drôle et que ça fait perdurer l'idée que le harcèlement de rue est acceptable. Et il ne l'est pas. 

Un ras-le-bol général chez les femmes qui le subissent. Un ras-le-bol qui se concrétise par des articles comme ici par exemple, ou et d'autres encore (liens en fin d'article).


Alors j'ajoute ma pierre à ce ras-le-bol. Non on ne parle pas d'actes isolés. Non on ne parle pas de deux-trois types qui nous ont dit "vous êtes charmante" dans toute une vie.

Je ne peux même pas me rappeler la moitié d'entre eux, parce que j'ai une mémoire à trous, et parce que je choisis, ou mon esprit choisit pour moi, de ne pas se rappeler de tous, parce qu'il serait impossible et invivable de se rappeler tous les détails. Ce seront donc uniquement les plus marquants pour moi pour une raison ou une autre. Et attention, ça va être un peu long.

 

Je crois que je ne peux même pas remonter à la première fois, il y a bien eu les "dis camion", les soulevages de jupes et autres âneries désagréables à l'école primaire puis au collège. Le collège en lui-même a d'ailleurs augmenté ce malaise par les réflexions permanentes sur la poitrine "trop" rapidement poussée. Le surnom de "Lara Croft" à cause de cette même poitrine. Les mecs qui essayaient de la toucher ou de la voir sous les vêtements contre mon gré. Les mains au cul dans les couloirs à attendre le prof.


Mais la première fois où c'était un parfait inconnu et un adulte je m'en rappelle. C'était l'année de ma 6ème j'avais environ 12 ans donc. Un ouvrier sur un chantier sur le chemin du collège m'a hélée. Naïve, j'ai pensé qu'il avait un truc à me dire. Alors j'ai fait un crochet pour savoir quoi. Il m'a dit que j'étais charmante en m'appelant "Petite" et m'a demandé si je ne voulais pas venir faire un tour de l'autre côté du grillage qui nous séparait, j'ai eu peur, j'ai dit non et je suis partie sans me retourner pendant qu'il me hélait.

Il y en a eu plusieurs autres au cours de mon adolescence, particulièrement sur le chemin pour aller à la médiathèque, dont je ne me rappelle plus vraiment distinctement. Ils se confondent en un type vague : un homme, sans distinction de couleur de peau ou d'âge. Tous à base de "t'es charmante" "viens on va discuter". Avec un refus systématique de ma part et une petite boule dans le ventre d'inquiétude, pas encore de crainte ou d'angoisse.


Je crois que ma première insulte après un refus c'était vers 15 ans. J'étais au lycée, ça c'est certain. C'est au même âge que j'ai eu ma première grosse frayeur. J'allais au cinéma seule un mercredi après-midi et un type blanc d'une quarantaine ? cinquantaine ? d'années m'a abordée dans une rue peu fréquentée directement sans un bonjour ni rien "tu viens boire un verre avec moi ?" Je mets un point d'interrogation, mais je ne suis même pas sûre que c'était une question. J'étais surprise, je l'ai regardé sans comprendre sur le coup, il m'a attrapée par le bras et a tenté de me tirer vers lui mais je me suis dégagée et j'ai couru, couru, jusqu'à un magasin, où j'ai attendu un peu, terrorisée, en vérifiant par la vitrine qu'il ne m'avait pas suivie, je ne sais pas combien de temps, avant de retourner à mes occupations.


Vers 15 ans aussi, je descendais du bus pour rentrer chez moi. J'étais dans ma rue et je me suis aperçue qu'un mec à moto roulait bizarrement au ralenti derrière moi, une seule main sur le guidon. Je ne voyais pas ce qu'il faisait et je me disais que j'étais parano, que ça n'avait sûrement aucun rapport avec moi. Il s'est approché lentement sans parler. J'ai pris peur, j'ai bifurqué dans une petite rue adjacente sans trottoir en me disant que s'il me suivait, je ne voulais pas qu'il voit où j'habite, il m'a suivie, a tenté de placer la moto sur mon chemin, et c'est là que je l'ai vue. Sa deuxième main. Sur sa braguette. Avec un petit bout de chair qui dépassait. Sur le coup je me suis demandée si ce que je voyais était réel, si c'était bien son pénis dans sa main. A MOTO. Ca dépassait mon entendement. J'ai pris encore plus peur et j'ai profité de ce que cette rue était une impasse donnant sur un parking inateignable en véhicule de ce côté-ci. Et j'ai couru. Encore. Je suis allée dans un immeuble dont je savais la porte d'entrée sans clé, j'ai fait semblant de sortir mes clés sans me retourner au cas où il m'aurait suivi pour faire croire qu'il ne pourrait pas rentrer derrière moi, puis j'ai attendu cachée dans le hall, avant de retourner chez moi après un temps indéfini.


A 18 ans je suis "descendue" à Lyon. Jusque là ça restait épisodique, quelques fois par années. C'est devenu quotidien. Je ne sais pas à quoi ça joue... La grande ville ? Le quartier très "passant" ? Le fait que j'étais plus souvent seule ? TOUS LES JOURS. Tous les jours. Tous les jours. Réellement tous les jours. En sortant de chez moi pour aller à la bouche de métro à 10 mètres de mon entrée d'immeuble. "Vous êtes charmante" "Hé mademoiselle" "Jolie jupe" "Viens boire un verre" "T'as de beaux yeux" "T'habites chez tes parents ?' (oui, comme cliché on fait pas mieux ) "Tu suces ? " "Tu baises ?" "Sale pute nympho", il me serait impossible de dire tous les mots que j'ai entendus. Je sursautais au moindre "bonjour" à la fin. Et ce n'était que sur le chemin porte d'entrée-bouche du métro... Il y avait ensuite la cohue du métro et les gens qui se collent à toi, se frottent à toi au point que tu ne sais plus si c'est intentionnel ou pas et où tu regardes tout le monde avec méfiance. Il y a eu cette main qui a claqué mes fesses dans une rame dont je n'ai jamais su à qui elle était, je me suis retournée avec un cri de surprise et personne n'a réagi. Peut-être que d'autres l'ont vu, peut-être pas, je n'en saurai jamais rien. Il y a eu ce mec dans un tram peu peuplé qui est venu se coller à moi alors qu'il y avait de la place ailleurs, j'avais le nez dans son aisselle qui puait le déodorant musqué comme il se tenait à la même barre que moi mais en hauteur et qui s'est frotté sur ma cuisse et ma hanche jusqu'à ce que je lui hurle dessus d'arrêter ça tout de suite où j'appelais les flics. Il m'a traitée de "sale tarée" et s'est éloigné. Les quelques personnes présentes dans la rame n'ont pas bronché.


J'ai raconté ce que je vivais à mon mec de l'époque, il a dit que c'est parce que j'étais trop jolie et n'a visiblement pas compris de quoi je parlais, ni à quel point c'était violent à vivre quotidiennement. Il ne voyait pas le problème, quand il me rejoignait et qu'on sortait, on ne me disait rien. Jusqu'à un jour, où on est sortis tous les deux. J'étais en baggy récupéré d'un copain, avec un tee-shirt "Rammstein" XXL et une casquette moisie sur la tête (c'était devenu un peu mon "uniforme"). Juste pour vous situer. On se tenait par la main, on allait chercher des pizzas. On a croisé un mec. Qui m'a lancé "Oh SALOPE ? TU SUCES, HEIN ?!" en continuant son chemin. Je ne m'y attendais pas, j'étais accompagnée. D'un homme. Mon mec non plus ne s'y attendait pas, encore moins que moi. Un instant de sidération plus tard, il m'a demandé s'il avait bien entendu et si c'était bien à moi qu'il parlait. Y avait que nous dans la rue. Il était décomposé, livide. Je lui ai dit que c'était ça tous les jours. Quel que soit mon habillement. Il s'est encore plus décomposé. On est allés chercher nos pizzas, on est rentrés. Il n'arrêtait pas de dire "mais je l'crois pas, mais je l'crois pas." et de redemander "mais il a VRAIMENT dit ça ?!". C'était donc si dur à croire. Même après ce que je lui avais raconté des dizaines, des centaines de fois, même après l'avoir entendu et vu. Je crois que ce jour-là il a compris la violence du truc, mais pas encore l'aspect récurrent.


A 19 ans j'ai déménagé dans un quartier désert en me disant que j'aurais plus la paix (et c'est une chance d'avoir eu cette possibilité, tout le monde ne l'a pas), mais il y avait encore les trajets pour aller à la fac, les quelques sorties qu'elles soient en rapport avec les études ou non, les trajets pour aller la gare, la gare elle-même, les trains aussi. Où que j'aille il y avait toujours un "oh pas mal !" comme un maquignon jugerait un cheval, un "vous êtes charmante", et toujours cette obsession d'offrir un verre et cette insistance ou ces insultes lorsque je refusais. Et il y a eu cette seconde fois avec mon mec. Je m'habillais moins "sac à patates" depuis que j'habitais ce nouveau quartier, de toutes façons "l'uniforme" n'avait rien changé dans l'ancien quartier. On est sortis tous les deux, le soir, j'avais une jupe mi-longue (aux genoux quoi) et des bottes plates. A un moment, je ne sais plus pourquoi, on cherchait un truc et mon mec s'est éloigné pendant que j'attendais à un feu avec d'autres gens, dans un lieu très fréquenté. Un mec m'a mis une main au cul en me murmurant dans l'oreille "tssk tsssk salope va". Je me suis retournée et j'ai pété un plomb. J'ai hurlé, je lui ai balancé mon sac à la figure, je lui ai couru après en lui jetant des coups de pied désordonnés. Les gens au feu se sont retournés quand j'ai hurlé, ont eu l'air de rien piger, j'ai entendu un "folle" fuser, mon mec a accouru, l'autre courait à moitié retourné en beuglant des insultes, quand mon mec m'a attrapée par les épaules, il a crié "tiens ta pute". Voilà. J'étais plus juste "une pute" "une salope". J'étais "la pute de mon mec". Et il se devait de me tenir en laisse, en gros. Edifiant. J'ai continué à hurler des trucs du genre "connard de merde", j'ai gueulé sur les gens qui attendaient au feu mais étaient repartis depuis longtemps en disant que "tout le monde avait de la merde dans les yeux ou quoi ?" et puis je suis allée acheter une bombe lacrymo en flippant mon mec qui essayait de me calmer à force de répéter "putain, celui-là si je le recroise, je me le fais". C'était pas le pire vécu au cours de ces années à Lyon, pourtant. C'était juste celui de trop ce jour-là, ce soir-là, ce mois-là. Celui auquel je m'attendais pas parce que malgré notre première "mésaventure" je me croyais en sécurité avec un homme à mes côtés. Sauf qu'il était à mes côtés un peu trop loin, faut croire.


Il y a aussi eu une sortie dans ma ville natale de "retrouvailles" avec des copines du collège ou du lycée, se faire un restau, se promener, boire un verre ou deux. Un groupe de mecs plus jeunes sur une place dans le centre-ville "Hé regarde la bande de putes là, y en a des baisables dedans quand même ! " et autres trucs *agréables*. Quelques réactions dans notre groupe, des mots qui fusent, je sais plus trop quoi exactement, et des "putes putes putes salopes salopes salopes allez vous faire niquer" je me souviens juste que j'avais dit "tiens ben, ça ressemble à Lyon, là.".


Sur la même période, (18-22 ans à peu près) il y avait aussi les trajets en train. Le mec d'une trentaine d'année, blanc, qui m'a collée dans le train, monté à Lons à me blablater sa vie sans me laisser en placer une, à me raconter que son ex l'avait lâchement laissé tomber et qu'il cherchait quelqu'un pour se consoler et que j'avais l'air très "ouverte" comme fille (??!??! J'étais dans un crétin de train en jean et pull avec mon sac en train de bêtement rentrer chez mes parents. Tout ce qu'il y a de plus banale à part que je trimballais un grand tigre en peluche mité qui me servait et me sert aujourd'hui encore de coussin. C'est la peluche, le côté "ouverte" ??!?), à me dire que les filles n'étaient pas gentilles, que j'avais l'air différente, (parce que je fermais ma gueule après trois tentatives pour parler peut-être ?)  il ne me laissait pas en placer une, j'avais juste envie de dormir et qu'il se la ferme, mais j'ai rien réussi à dire. Il ne faisait que parler, parler, parler, et puis une de ses mains ses aventurée sur ma cuisse, je l'ai juste repoussée sans rien dire, il a retenté plus tard, même topo. Il est descendu au même arrêt que moi et ne m'a foutu la paix qu'en me voyant rejoindre mon père qui m'attendait sur le quai. Il n'a pas dit au revoir. Il a juste vu que je faisais "coucou" et que j'allais vers mon père et il est parti de son côté.

 

Dans le train encore il y a eu cette fois où je somnolais étalée sur les sièges d'un compartiment de corail, les rideaux tirés, il faisait nuit. Trois mecs visiblement militaires sont entrés en grand chahut, m'ont demandé si ça dérangeait pas, je leur ai fait de la place et j'ai repris ma somnolence contre la vitre. Au bout d'un moment j'me suis rendue compte qu'ils chuchotaient en me regardant et en ricanant. Y en a un qui a fini par me demander si on se connaissait pas. J'ai dit non. "Ah ben on pourrait apprendre à se connaitre alors" avec les ricanements des deux autres en fond sonore. J'ai dit que j'étais désolée mais que j'avais surtout envie de dormir, là. Il a continué à me baratiner, et qu'est-ce que je faisais dans la vie, et où j'allais comme ça toute seule, et patati et patata, j'ai fini par répondre, par lassitude, par peur aussi parce que bon j'étais seule avec eux dans un petit machin fermé et roulant. Et est-ce que j'avais un mec "oui" et c'est pas grave on est pas jaloux *ricanements*, et on peut même partager "ENTRE NOUS", et que j'étais quand même vachement bonne, et qu'à l'armée on s'ennuyait et que les filles de l'armée étaient moches, et je sais plus quelles conneries. Heureusement il restait plus énormément de temps de trajet, parce que je commençais à flipper bien bien. En descendant et après m'être assurée que mon père était dans mon champ de vision, comme ils continuaient à me pot-de-coller, j'ai dit quelque chose comme "Vous savez ? Mon mec. Il est militaire comme vous, alors ça va être pratique de lui raconter que vous êtes des gros connards lourds qui emmerdent les filles, maintenant que je connais vos noms et que je sais que vous faites partie du même régiment. " et je suis partie, avec enfin le silence derrière moi. Minuscule jouissance de rien du tout après les longues minutes à les supporter, à ne pas être agressive parce que trop peur que *ça tourne mal*. C'était même assez nul comme répartie. Mais ça leur aura au moins cloué le bec et m'aura débarrassé d'eux rapidement avant de rejoindre mon père.

 

Ensuite, j'ai eu plutôt la paix pendant un petit moment je crois, parce que j'ai fait une dépression et une sorte de phobie sociale et que je ne sortais plus de mon appartement que pour acheter le minimum vital. J'ai fini par quitter Lyon et retourner dans ma ville. Je ressortais mais uniquement pour me défoncer la tête, donc je n'ai pas de souvenirs particuliers sur le harcèlement de rue à cette époque.

Je voyais encore Lyon comme "la grande vilaine ville où les harceleurs pullulent" avant de me mettre à ressortir peu à peu et de me rendre compte qu'ici aussi il y en avait beaucoup. Je ne sais pas si ces comportements ont progressé pendant ces années, ou si je m'en rendais moins compte, ou si je trouvais ça moins agressif avant. Encore des "Hé mademoiselle !", "t'es charmante, on te l'a déjà dit ?" et les insultes. Avec une nouvelle variante que j'avais pas à Lyon : le ou les mecs en bagnole "Je t'emmène/je te dépose/tu montes/tu vas où?". Il y en a trop pour que je me souvienne de grand chose précisément.

 

 A 25 ans et des brouettes, je suis enceinte de 7 mois et quelques, je prends le bus pour aller en ville, un mec me regarde fixement. Ca me gêne, mais bon tant qu'il reste loin. Je descends à mon arrêt, le mec derrière moi. Il me pose la main sur l'épaule et "Mademoiselle ?" moi, glaciale : "Non Madame", le mec se démonte pas et me fait "Je te trouve super belle, y a moyen qu'on se revoit ? " "Revoir ? A quel moment on s'est vus en fait ? " "Ben dans le bus" "Non, moi,  j'ai rien vu. Et puis j'ai un copain, au revoir. " sa main posée sur mon bras, "Non, mais j'suis sûr il te mérite pas, et moi j'suis mieux." J'ai tellement halluciné. Je lui ai dit que j'étais enceinte, pas disponible, pas intéressée, et que là j'avais un peu autre chose à foutre alors au revoir et j'me suis barrée.


Depuis j'ai eu un bébé, je sors moins, ou avec lui. Je n'ai heureusement encore jamais eu à faire à ce genre de harcèlement avec lui, mais je sais à lire d'autres que ça peut m'arriver. Je n'ai aucune idée de comment je réagirai. Donc pour finir je vais reparler des derniers harcèlements les plus marquants vécus la nuit, et s'il y en a d'autres dans le futur, je les ajouterai à cette liste soit dans cet article soit dans un autre dédié. 


27 ans. Je suis à une soirée dans un bar. Je discute vaguement avec un mec, descend fumer une clope avec lui, de la façon la plus anodine qui soit, puis remonte les escaliers devant lui. Arrivée en haut il me claque le cul bien fort. Je me retourne, lui dit que je ne suis pas un cheval et qu'il ne recommence jamais ça. Il rigole.

 

27 ans à nouveau. Je suis dans une soirée avec Le Mââle, on vit notre vie, chacun de notre côté, on papillonne entre les gens, on discute, on boit gentiment. Je sors fumer une clope, j'entame une discussion avec un groupe de mecs dehors. Un autre à l'écart me reluque, on discute métiers ou un truc du genre. Il s'approche, se pose à côté de moi, commence à se pencher sur moi sans rien dire, je sens juste son souffle sur mon oreille, puis il tente de participer à la conversation mais en ne s'adressant qu'à moi, je réponds à la cantonnade au lieu de me tourner vers lui. Il se penche et me colle un peu plus avant de murmurer dans mon oreille que je lui plais vachement, je le repousse un peu parce qu'il m'écrase et je lui dis que oui ben je suis pas intéressée et puis je suis avec mon mec qui est à l'intérieur de toutes façons (cette "excuse" ressort TOUT LE TEMPS, réflexe idiot et totalement inutile, puisque généralement complètement inefficace). Il dit quelque chose comme "oh allez sois gentille", je ne sais plus ce que je lui ai dit mais il y avait encore un "non mais ça m'intéresse pas" dedans, j'écrase ma clope, et rentre à l'intérieur. Un peu plus tard, je ressors, retrouve le même groupe de fumeurs qui discutent, m'assois vers eux, je ne sais pas où est l'autre. On discute. Je sens quelqu'un se glisser sur la marche à côté de moi. L'autre est donc revenu. Il ne dit rien. Il se contente de rester collé à moi, toujours plus près, toujours plus collé. Je ne dis rien, je veux pas faire de scandale. Bref je ne dis rien. Je continue la discussion comme si de rien n'était. Soudain y a une main sur ma cuisse. Qui remonte tranquillement vers le dessous de ma jupe. Je prends mon souffle et je dis bien fort pour que tout le monde entende: "Mec, tu retires TOUT DE SUITE TA main de MA cuisse. Je t'ai dit NON. Et quand c'est non, c'est non. " Les autres ont vu et entendu, la conversation s'arrête, l'autre retire sa main, personne ne dit rien, un des mecs avec qui je discute nous regarde avec les yeux exorbités. La conversation reprend. L'autre reste là avec la main sur ses jambes, collé à moi. Et au bout de quelques minutes je sens à nouveau sa main sur sa cuisse, je la prend la soulève et la balance sur lui en lui gueulant que maintenant CA SUFFIT MERDE et que je vais lui tarter la gueule et que j'ai dit NON bordel. Il dit quelque chose comme "rohlala, t'es pas cool" se lève et se barre. Encore une fois la conversation s'est arrêtée à côté de moi mais personne ne dit rien ni ne commente. Il aura fallu que je me plaigne et râle plusieurs fois à ce sujet pour obtenir des "non, mais j'hallucine quoi, j'comprends pas, c'était vraiment un con celui-là"...

 

27 encore. Je promène ma chienne, un dogue allemand de 80cm et quelques au garrot, sur le trottoir le long d'une avenue proche de chez moi en début de soirée, avant la nuit. Un mec en bagnole ralentit en se collant au trottoir, me beugle quelque chose comme "Sale pute, tu baises ? Et ton chien, il baise avec toi, hein ? " J'ai un sac à crottes plein dans la main. Réflexe. Je le lance par la vitre de la voiture. Je ne regarde pas où il atterrit, je ferme mes yeux mes oreilles et je continue. J'entends la voiture repartir et je tremble un peu. Je rentre chez moi, raconte le truc sur Twitter en me traitant de folle. Je réalise que ça aurait pu être dangereux, que le mec aurait pu descendre et me casser la gueule ou je ne sais quoi. Je rigole et je flippe rétrospectivement en même temps.

 

27 ans toujours, la nuit tombée, je sors toute seule, je marche tranquillement et après avoir esquivé une voiture dans laquelle 3 mecs se promettaient de "me faire voyager" et que ce n'était pas très très sûr d'être dehors toute seule à cette heure-ci qu'il y avait des gens malsains des fois, qu'on ne savait pas sur qui on pouvait tomber et que je serais vachement mieux avec eux dans leur voiture,(je vous laisse apprécier la menace voilée), je continue mon chemin et croise un mec seul avec une grande pizza dans les mains, il me hèle "bonsoir, excuse-moi t'aurais pas une cigarette". J'accepte de lui en donner une. Je regarde bêtement sa pizza et me dit qu'il va quelque part avec et qu'il veut réellement juste une clope. Fatale erreur.

 

Le mec fouille ses poches rapidement et me fait "t'aurais pas du feu aussi ? " Allons-y pour le briquet. Et c'est parti. Comment tu t'appelles ? Tu vas où ? Tu fais quoi ? T'es très jolie. T'as pas peur la nuit toute seule ? T'as un numéro ? Le tout en parlant avec les mains et sans allumer sa cigarette, j'attends qu'il me rende mon briquet, ce qui n'arrive pas, tout en répondant poliment mais fermement à ses questions. Non je ne veux pas *le revoir*, je ne suis pas intéressée, je donne un faux prénom, qu'est-ce que ça peut faire où je vais ? , non mais je ne suis vraiment pas intéressée, non je ne veux pas aller faire une soirée avec lui. ll insiste, repose plusieurs fois les mêmes questions jusqu'à avoir une réponse. Je finis par dire que je vais rejoindre des copains qui m'attendent et que je suis justement en retard. Des copines ? Ben ça tombe bien il cherche à rencontrer des filles sur la ville, il est pas d'ici, tu comprends. Non, des copains. Bon maintenant ça serait bien que tu allumes ta cigarette et que tu me rendes mon briquet. Ah oui pardon. Il ne l'allume toujours pas. Il se place devant moi, sur le chemin que je devrais prendre pour repartir alors qu'en se croisant il était resté dans son sens de circulation, il s'approche en parlant, fait des gestes de plus en plus grands et ses mains finissent par m'effleurer. Je commence à angoisser un peu et envisage de me barrer en courant. Je lui dis que maintenant il me rend mon briquet ou je pars sans, il allume sa clope, me le donne enfin, en profite pour me poser la main sur le bras et continue sa mitraillette de questions.  Et pourquoi je suis pas intéressée ? Parce que c'est comme ça. Et si j'ai déjà quelqu'un ? Oui. Et il est sûr qu'il peut le remplacer. Je crois pas non. J'en peux tellement plus et j'arrive tellement pas à partir, vu que les quelques pas que je fais, il les suit en plaçant à chaque fois ses mains devant moi en parlant, comme pour m'arrêter, que je lui dis "je suis pas intéressée par les hommes, merci au revoir", il a un instant d'arrêt j'en profite pour pousser son bras devant moi et je marche très vite jusqu'au feu et traverse au rouge en croisant les doigts pour qu'une bagnole ne déboule pas. Il me beugle un "mais c'est dommage, mais jamais, mais vraiment jamais ? " je ne réponds pas, je me barre, j'avance, je ne veux plus rien entendre, y'en a marre.

 

C'était il y a quelques semaines. Et ça suffit.

 

Articles connexes (LISEZ-LES... VRAIMENT.):

Egalitariste : Mon cher harceleur

Une heure de peine: La drague comme violence

Traces et trajets : Une colère que je n'ai pas.

Les dégenreuses : Harceler les femmes pour le lol

Polyvalences mon pote : Textes sur les violences sexistes 

Hollaback France : Corpus de témoignages

Les questions composent : Poire le violeur, quand séduire devient faire céder

Nat Arocas : Bande de salopes !

 

Je vous invite aussi à lire les nombreux commentaires du premier article posté : Cette colère qui ne s'éteint plus, chez Beatrix, ils contiennent une quantité invraisemblable de témoignages d'autres femmes.



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Published by Mlle Bé - dans viols et violences
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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 15:05

Aujourd'hui en 2013, je vais mieux.  Pas "bien", juste mieux. Mais ce n'est pas de ça que je suis venue vous parler.

Aujourd'hui en 2013, je suis inscrite sur Twitter.

Aujourd'hui, en 2013, je découvre que l'année dernière un hashtag y a beaucoup fait parler de lui. Je n'étais pas encore inscrite je pense. Ou pas très assidue.

Aujourd'hui en 2013, je découvre donc le hashtag #jenaipasportéplainte . Une avalanche de tweets qui a déferlé sur la toile. Mais aussi des messages privés. Parce que la parole publique est encore difficile. Pour en savoir plus il faut aller . Je lis donc et je me pose la question. Et moi ? Pourquoi je n'ai jamais porté plainte ? Les réponses affluent, similaires à d'autres. Elles se divisent en 3 parties, ceux qui me connaissent le savent.

 

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que j'étais jeune, j'avais peur, j'avais honte.

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était mon cousin et que j'avais peur que ça détruise la famille.

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que ce n'étaient "que des attouchements" et que je pensais qu'on ne me croirait pas.

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que j'ai fini par en parler à mots couverts à ma mère, forcée par une assistante sociale, et qu'elle n'a pas compris, pas entendu, ou qu'elle n'a pas voulu comprendre et entendre.

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que lorsque j'ai voulu parler à ma mère, je me suis faite engueuler. Elle a dit "pourquoi parler à quelqu'un de l'extérieur de problèmes qui concernent la famille ? " Elle parlait de l'assistante sociale-psy du collège. Alors qu'est-ce que ça aurait été avec la police.

Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce j'aimais ma cousine, mon oncle et ma tante. J'avais peur de les perdre.

 

Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'avais honte, parce que je me sentais coupable.

Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que c'est moi qui avais voulu parler à un inconnu, parce que c'était moi qui m'étais mise dans cette situation. Parce que c'était ce que je pensais, et parce que c'était ce que je pensais qu'on penserait.

Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'aurais dû refuser d'entrer dans ce local. Parce que j'aurais dû dire non plus tôt. Parce que j'avais peur qu'on me le reproche. Parce que je me le reprochais déjà toute seule.

Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'ai eu des occasions de partir et que je ne les ai pas saisies. Parce que j'étais tétanisée.

Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que je voulais que ça ne soit pas arrivé. Parce que je ne voulais pas me rappeler comment c'était arrivé. Avec la culpabilité qui aurait accompagné la vérité.

 

En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que j'étais ivre.

En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était chez un copain.

En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était un ami d'ami et que je ne voulais pas que ça foute la merde partout.

En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que j'avais du mal à y croire, parce que je ne voulais pas qu'on étale mon passé dans un tribunal, parce que je ne voulais pas qu'on enquête sur ma vie, parce que je pensais qu'on ne me croirait pas.

 

Voilà... Probablement que plus personne ne vient ici, mais ça n'a pas d'importance. J'avais juste envie de revenir dessus.


Parce qu'aujourd'hui, en 2013, je suis effarée quand des gens ne veulent pas croire que les stats judiciaires des agressions sexuelles sont bien en-dessous de la réalité, quand des gens refusent de voir à quel point la machine de la société est bien huilée pour que tout ça reste dans un joli placard sombre, quand des gens ne veulent pas croire au harcèlement de rue, quand des gens ne veulent pas arrêter de juger celles (et ceux) qui ne portent pas plainte...

 

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Published by Mlle B. - dans viols et violences
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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 12:12

Pendant ma grossesse, j'ai eu la chance d'être suivie par une sage-femme formidable. Je l'ai aussi choisie pour les cours de préparation à la naissance, version sophrologie. J'ai apprécié un max être suivie par quelqu'un qui ne te fait pas de TV inutiles, qui te demande ta permission pour tout et qui attend que TU décides à quel moment elle peut faire un TV, qui te propose qu'une étudiante passe après elle, tout en t'expliquant bien que c'est un choix et pas une obligation, qui se réjouit autant que toi d'entendre battre le coeur de ton bébé, qui s'émerveille de sentir ton bout de chou lui donner des coups pendant une palpation, qui s'excuse d'avoir les mains froides, qui s'excuse quand elle a du retard, qui connait ton nom, qui essaie de discuter avec toi de ton état psychologique, sans te culpabiliser. Une personne qui te répète que c'est toi, bien toi qui accouches et non pas l'équipe médicale qui t'accouche, une personne qui s'émerveille des accouchements par le siège où le personnel ne fait que regarder et se tenir prêt au cas où*, une personne qui te donne toutes les bonnes infos, qui te donne les clés pour bien vivre une césarienne ou un imprévu, une qui trouve un créneau dans son emploi du temps surchargé à la fin de sa journée de boulot pour venir te voir dans ta chambre après l'accouchement....

Tout ce qu'en fait on pourrait attendre de nimporte quel médecin ou sage-femme qui s'occupe de grossesse.

 

Sauf que.

Sauf que ce n'est pas le cas... Tous ne sont pas aussi passionnés, ni même aussi conscienceux, et encore moins aussi humains. Si je dis ça c'est parce que j'ai été confrontée au début de ma grossesse à un professionnel bien différent. Un gynécologue qui a failli me faire regretter d'être enceinte et me dégouter de mon propre corps (comme si j'avais eu besoinde lui pour ça ). Des gynécos j'en ai vu deux dans ma vie. Celle de ma mère qui m'a suivie à mon adolescence et que j'ai détestée dés la première visite. Une qui te fait mettre à poil dans son cabinet glacial, qui te dit que tu as grossi d'un ton réprobateur quand elle te fait monter sur sa balance, qui t'engueule si tu n'es pas assez détendue pendant l'examen, qui pratique le même examen quel que soit le but de ta visite, qui pratique un TV sur une vierge, qui utilise des gants suturés qui te lattent les muqueuses, qui te regarde à peine quand tu lui parles, qui ne sourit jamais, qui te dit que non ce n'est pas possible que tu aies encore des douleurs de règles alors que tu prends la pilule. Non ce n'est pas possible ! Tu n'as pas mal. En bref, une qui se fout totalement de ton ressenti.


Lorsque j'ai appris ma grossesse et que j'ai été voir mon médecin traitant, je lui ai demandé d'une toute petite voix : "mais je suis obligée d'aller voir un gynéco ? ". Lui, élevé à l'ancienne école (même s'il est génial) m'a répondu que oui, c'était un peu obligé, il ne m'a pas parlé de la possibilité de se faire suivre par une sage-femme, ni de la possibilité de se faire suivre par lui-même ou l'associé de son cabinet. Peut-être simplement parce que pour lui comme pour beaucoup de gens : grossesse=gynéco, point barre. Il m'a dit "vous n'avez qu'à aller voir Mme B., elle est bien. " "Mme B. ? euh... Non j'ai été suivie par elle avant, ça ne s'est pas très bien passé..." Il a été très surpris, mais n'a pas demandé d'explications... Il m'a proposé de simplement en choisir un dans l'annuaire et a ajouté que ceux du cabinet de la clinique P. avaient très bonne réputation.

Je suis donc partie en quête d'un nouveau gynéco en espérant tomber sur cette perle rare que certaines m'ont dit avoir trouvée. Je me suis retrouvée comme une conne devant la liste des gynécologues dans les pages jaunes à me dire que leur nom et leur numéro de téléphone ne me renseignaient pas énormément sur leur potentiel humain. J'ai donc fini par appeler le cabinet de la clinique P. en me disant qu'au moins si j'accouchais dans cette clinique, mon gynéco à moi, rien qu'à moi, ne serait pas loin... Au téléphone, l'accueil des secrétaires médicales n'a pas été très sympathique, et on ne m'a pas laissé le choix du médecin. "J'ai un créneau avec le Docteur G. le tant à telle heure..." Bon, éh bien, c'est parti pour le Dr G. !

 

Et mes craintes se sont confirmées, ça n'a pas été. Un médecin perpétuellement en retard, qui case des rdv toutes les 10 voire 5 minutes, alors qu'il lui en faut minimum 20 pour une consultation, mais qui ne semble pas faire ça pour l'amour de l'art et face à la pénurie de gynécos, mais plutôt pour l'amour des honoraires. Un médecin qui avec un retard de 2h ne s'excuse pas, ni ne dit bonjour, un médecin qui ne me pèse pas (pour une fois) qui me demande juste mon poids, sans tenir compte de ma taille et qui me dit que c'est trop et que je vais devoir me faire suivre pour l'alimentation. Après des années de ce par quoi je suis passée en matière de bouffe et d'image de moi, je vous laisse imaginer ma joie d'entendre ça. Un médecin qui m'épargne le déshabillage complet pour la première consultation mais je n'y couperai pas à la deuxième. Un médecin qui remplit mal les papiers administratifs dont j'ai besoin pour passer certains examens, qui ne fait pas de compte-rendu d'échographie correct donnant à un autre professionnel de santé toutes les infos dont il pourrait avoir besoin. Un médecin qui ne m'explique pas que l'échographie sera endovaginale avant de m'enfoncer l'énorme sonde sans lubrifiant, qui laisse le papa assis sur sa chaise devant le bureau à 10km du minuscule écran d'échographie, qui autorise quelqu'un à entrer dans la salle donnant sur un couloir passant alors que j'ai la jupe relevée sur la poitrine. Un médecin qui me fait une palpation mammaire, debout à poil sans prévenir, en me prenant les deux seins en même temps et en les faisant tournicoter comme un furieux**. Un médecin enfin qui pratique un TV sans m'avertir auparavant et avant même que j'aie fini de m'installer sur la table, comme ça... Par surprise.***

 

Autant vous dire que j'ai apprécié... Et le papa aussi... Un peu plus et il y avait un massacre en salle de consultation. Mais la "supériorité de la blouse blanche" nous a laissé trop interdits pour réagir sur le coup.

 

Et c'est en cherchant un nouveau gynéco que j'ai appris que les sages femmes et les médecins traitants pouvaient très bien faire le suivi des grossesses non pathologiques. Ne connaissant pas les sages-femmes de ma ville, je me suis dirigée vers le service d'obstétrique de l'hopital, où on m'a donné rdv avec la seule sage-femme ayant un créneau qui venait de se libérer : Mme M., ma sage-femme. Ma Super Sage-Femme.


* La maternité où j'ai accouché a un long passé d'accouchement en siège par voie basse. En 1995 ils étaient de 44% parmi les présentations en siège, alors que dans certaines maternités les césariennes sont systématiques dans ce cas de figure.


** Je n'ai jamais vu ça. Je ne vois même pas ce qu'il peut y avoir de "médical" dans ce geste. J'ai juste halluciné, et je me suis tue devant la douleur.


*** Au regard de la loi, je pense qu'on peut considérer que c'est une forme de viol... Ca correspond je crois à la définition "par surprise", même si on pourrait arguer que je savais qu'un TV allait avoir lieu à un moment donné. En tous cas, en sensation, c'est tout comme. La même culpabilité de s'être laissée faire sans protester. Le même dégoût...

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 01:10
Et il a continué de faire courir la lame sur mon corps, tout en se frottant contre ma cuisse... Et moi, j'étais là, comme un pantin sans vie, collée à mon mur. J'ai l'impression que ça a duré une éternité... Je crois que j'ai complètement perdu la notion du temps. Je voulais tellement ne pas être là, dans ce local poubelle à la con... Il a fini par insinuer ses doigts en moi. C'était moite, c'était dur, ça me transperçait, ça me traversait. Ça faisait mal sans que j'aie l'impression d'être présente.
J'ai fini sur l'une de ces grandes poubelles à couvercle jaune, ces poubelles écolo, ces poubelles où l'on met le carton, le papier, les bouteilles en plastique, et moi. Moi, à recycler. C'est ce à quoi j'ai pensé en pleurant, pendant qu'il allait et venait en moi. Aujourd'hui je me demande ce qu'il avait fait de son couteau. Question sans importance, mais qui tourne dans ma tête.

Ça aurait été si simple... Prendre appui sur ce couvercle jaune, et lancer ma jambe de toutes mes forces dans son entrejambe, remonter mon pantalon et partir en courant. C'est ce que j'aurais dû faire. C'est ce que je n'ai pas fait.
Eternelle culpabilité.

Je me suis tellement senti coupable de toutes ces petites choses, que quand j'ai "avoué" cet évènement à certains de mes proches, j'ai menti. J'ai raconté que je ne connaissais pas l'homme. J'ai raconté que je ne me souvenais plus. J'ai raconté que ma mémoire avait fait le black-out sur cette histoire. Alors que je me souviens de quasiment tout. Je me souviens bien avoir discuté avec lui avant. Je me souviens très bien m'être laissée entraîner dans ce local. Je me souviens que je n'avais rien contre le fait qu'il m'embrasse. Je me souviens de ce couteau, et de cette étrange sensation, ce frisson étrange et perturbant qui m'a parcourue quand il l'a appuyé sur moi. Je me souviens de m'être si peu débattue... Je me sentais tellement responsable, et je n'avais tellement pas envie de le reconnaître, que j'ai menti. A tout le monde. Personne n'a jamais su la vérité sur cet événement. Personne. Pas même les meilleurs amis à qui j'ai dit que j'avais été violée à cet âge-là. Pas même aux petits amis à qui il a fallu donner des explications sur mes propres problèmes et répulsions sexuels.
Personne. Strictement personne. je ne l'ai même jamais écrit. Dans aucun journal intime. Sur aucune feuille volante. Pas un mot n'a filtré pendant toutes ces années. J'avais fini par croire à mon propre mensonge.

C'est étrange pour moi aujourd'hui d'avoir enfin dit tout ça. Je me sens soulagée, et en même temps j'ai comme un vide en moi... Je ne sais pas trop ce que j'attendais de cette vérité que j'avais un besoin impérieux de vomir. Tout ce que je sais, c'est ce que je ressens.
Je sens que c'était important de le faire. Et c'est ici que j'ai choisi de le faire.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 06:06
J'ai fini par m'en servir de ce corps encombrant, tout en ne sachant pas vraiment comment m'en servir. Je me suis un peu plus ouverte au monde. Je voulais tellement qu'on m'aime. Pour des mauvaises raisons, s'il le fallait. Je cherchais juste l'attention. La parole est arrivée... La parole, avec tout le monde et n'importe qui. Je suis devenue une "fille peu farouche"... J'ai rencontré des gens, des milliers de gens.
Et j'ai rencontré un homme. Discussions sans importance... L'important pour moi était juste de parler. Et je me suis laissé entraîner... Tirée par le poignet dans un local poubelle. Je ne voulais pas... Mais je me suis laissée faire, juste mis un peu de poids dans mon corps pour qu'il soit plus dur à attirer... J'avais peur, et en même temps, j'étais curieuse. Curieuse de quoi ? Je me le demande aujourd'hui... Il a continué à me parler. Je ne répondais quasiment plus... Je voyais que les choses ne tournaient pas comme je le souhaitais... Je "sentais" quelque chose arriver... Je me contentais de grogner ou de murmurer des réponses imprécises. Je me sentais gênée par cette sensation de l'inévitable.
Il m'a appuyée contre un des murs, et a enfoncé sa langue dans ma bouche... Moi, j'essayais désespérément de rentrer à l'intérieur du mur, jusqu'à y disparaître. J'étais paralysée. Mon seul "mouvement" consistait à tenter de m'encastrer dans ce foutu mur. Ses mains ont commencé à se balader partout sur mon corps. J'avais l'impression qu'il avait des milliers de tentacules qu'il collait à ma peau et mes vêtements... Je ne le voyais plus. Dans un sursaut, quand il a pressé sa main contre mon sexe, je l'ai repoussé violemment. Mes deux bras, qui étaient jusqu'alors collés à mon corps et au mur, se sont tendus en avant, comme dans un réflexe, pour le repousser. Repousser cette chose, cet animal, que je ne voyais plus comme un homme.
Il m'a regardé : " Quoi ? Tu ne veux plus ?" J'ai juste baissé la tête, en murmurant que je voulais sortir. Il s'est approché, a collé son corps sur moi, jusqu'à écraser son sexe sur ma cuisse, et il a dit : "Allez, tu ne vas pas me laisser comme ça quand même... C'est ta faute. C'est toi qui m'as mis dans cet état. " J'ai de nouveau murmuré : "Pas ici. Pas comme ça..." Il s'est à nouveau éloigné de moi, comme pour me regarder avec du recul. Et moi, petite fille, je suis restée collée à mon mur, la tête penchée, les cheveux cachant mon visage, ne sachant que dire, ni que faire.
Ensuite, je n'ai pas tout compris. Il m'a semblé qu'il sortait quelque chose d'une de ses poches de jean. J'ai vu quelque chose briller, et j'ai senti comme une menace, son corps tout entier avait pris une attitude, une posture menaçante, comme si son ombre s'était subitement agrandie pour envahir tout le local poubelle... Il s'est à nouveau approché de moi, et je l'ai vu. Le couteau. Pas un grand couteau. Pas un petit non plus. De ceux que l'on peut refermer, comme le Laguiole que mon papa emportait à chaque randonnée. Là, ma peur s'est agrandie. j'ai dû penser quelque chose comme "Ça y est. C'est ici que je vais finir. Dans ce local poubelle qui pue. Des faits divers comme ça, y'en a plein les journaux télévisés. C'est trop con. J'veux pas. Bordel j'veux pas, et j'ai peur."
Il a pressé le plat du couteau contre ma joue. C'était froid. Je n'ai pas réagi, j'étais juste comme surprise. Je ne sais pas expliquer. Il a dit quelque chose que mon cerveau n'a pas imprimé. Il a fait glisser le couteau contre ma joue, mon cou, mes seins, s'est arrêté au niveau de mes tétons durcis. J'avais l'impression d'être coincée dans un film. Il a dit : "Alors, ça t'excite, hein ?" Je ne rien répondu... Mais le pire, c'est que c'était vrai. Mon corps semblait excité par ce mélange de peur, de cette fascination de la lame qui courait sur mon corps, et de je ne sais quoi d'autre. J'avais juste l'impression que ce n'était pas moi. Que je n'étais pas là. Que la fille qui mouillait sa culotte dans son jean était quelqu'un d'autre. Je ne pleurais pas, mais j'étais au bord des larmes.

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 04:04
J'ai un soudain besoin de parler... De dire la vérité... Une discussion avec quelqu'un au petit matin, qui m'a fait me rappeler cette vérité... Une vérité sur laquelle je mens...
J'avais effacé les faits de ma mémoire... J'avais tellement dit ce mensonge. Et je l'avais tellement dit,et redit que j'avais fini par ranger la vérité ailleurs... Loin... Et d'un seul coup tout me revient... Je me prends mes souvenirs en pleine gueule...
Et je me rends compte que, oui, je me suis fabriquée des autres souvenirs, des non-souvenirs, des pertes de mémoires...
Et me voilà...
Avec un soudain besoin incroyable de raconter ça...
Vite !
A quelqu'un !
N'importe qui !
Avant que je ne me remette à mentir et à effacer...
Parce que je viens de m'apercevoir que c'est un maillon de ma vie, que ça a un sens, que c'est important, que je crois même savoir pourquoi j'ai menti et que je me suis mentie à moi-même...
Raconter...
Ca va pas être facile... Mine de rien, ça va faire mal, je crois...
Raconter, parler, écrire... Sur lui... Le "deuxième"... Le premier aussi dans un sens... Les mots vont avoir du mal à sortir je crois...
Putain ! Ce que j'aimerais qu'il y ait quelqu'un pour entendre mon histoire, mes mots et mes réflexions, le tout mélangé avec des larmes... Ce que j'aimerais me blottir là maintenant... Fermer les yeux et tout déballer...  Je vais commencer par les mots, tiens... Faut bien commencer quelque part...
Pourquoi le deuxième ?
Et pourquoi le premier ?
Le deuxième homme qui a abusé de moi... De mon corps... De ma jeunesse... De mon intimité... De ma naïveté peut-être... Mais le premier... Le premier que je pourrais qualifier de viol... Le premier pénis entré dans mon sexe par effraction... Le premier Homme a avoir abusé de moi...
Pas un enfant... Pas un ado... Un Homme...
Je ne sais pas si ça explique beaucoup plus de choses alors reprenons l'histoire... Sans sentiment, sans émotion, sans divagation... Des faits, rien que des faits, du chirurgical, de la description... Difficile...
Blablabla, enfant qui manque de confiance en elle, blablabla, manque d'affection, blablabla, abusée par un membre de sa famille, blablabla, enfant qui croit que c'est ça l'amour... Je (car l'enfant c'est moi bien sûr...) finis bien sûr par apprendre et comprendre que l'amour ce n'est pas ça... Que ça c'est autre chose...
Alors, comme d'habitude, je me demande comment on fait pour avoir de l'amour ?
Et je suis maladroite, grossière, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine... Futile, superficielle et peu subtile... Je joue vaguement les timides quand on s'intéresse à moi... Je ne sais pas trop ce qu'il faut dire ou faire...  J'ai toujours cette impression qu'il y a une bonne et une mauvaise manière de faire les choses, et je suis complètement paniquée à l'idée de me planter...
Les années passent...
Et je m'enhardis... Je me dis que je n'ai plus grand chose à perdre...
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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 11:56

Je me suis lavée 5 fois en deux jours, j'ai rasé tout ce qui pouvait dépasser, j'ai frotté, frotté, et encore frotté... On dirait un mauvais remake... Et surtout, il y a cette odeur, cette horrible odeur qui me suit, me poursuit. Une heure après la douche elle réapparait, comme une malédiction. Ma vie est un mauvais film de série B. Oh my God ! Qu'est-il encore arrivé à Mindy cette semaine ? S'est-elle défenestrée ? A-t-elle survécu au tsunami ? A-t-elle découvert que son frère n'était pas son frère, mais son père en réalité, alors que ce dernier est le fils de l'amant de sa mère ? Je suis en train de devenir folle..  Cette odeur me colle à la peau, elle me répugne et je n'arrive pas à m'en débarasser. Si je m'arrache la peau, elle va partir...?

Je hais mon corps, plus encore après cette dernière souillure. Je suis un monstre, je suis une cicatrice béante. Les bleus que j'ai sur le corps sont moins nombreux que ceux que j'ai à l'âme, mais il font mal quand même...

J'ouvre, j'ouvre tout, les vannes comme les veines... J'aimerais. Pur fantasme, pourtant. Je n'ai pas assez de cran. Je suis une idiote qui n'a pas su crier.


La soirée avait si bien commencé, pourquoi gâcher la fête ? Pourquoi ennuyer tout le monde avec des histoires de trous ? Je ne pardonne pas, mais je ne peux pas accuser. Comment accuser quand on n'a pas su crier ? Comment accuser celui qui a bredouillé de vagues mots d'excuses-ou était-ce un fantasme de mon esprit ?-quand il a compris que je pleurais, prostrée ? Je ne l'ai jamais aimé, non, c'est vrai, et maintenant, c'est sûr, je vais le détester, mais je n'arriverai pas à l'accuser.


Non je ne porterai pas plainte. La warrior que je fais semblant d'être va aller se réfugier dans son gros corps tout mou, manger et vomir jusqu'à ce que ma gorge explose, pleurer dans mon oreiller...

Cruelle désillusion. Je ne suis pas une battante. Je pensais pouvoir affronter la situation, mais la honte et la peur l'ont emporté, et maintenant je me bats avec la culpabilité et l'envie de ne rien déranger... Mais j'ai encore tellement mal. 

Et cette odeur...

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