Je pense que je ne m'en sortirai pas. Parce que j'ai le coeur brisé. Tout simplement. Et que je n'aurai pas assez d'une vie pour ramasser tous les morceaux. Parce que je me sens trop seule, trop petite et trop incapable.
Certains me diront : "Mais non, tu fais du misérabilisme pour qu'on s'intéresse à toi. C'est pas vrai. Tu n'es pas seule, et tu n'es pas incapable..."
Mais si. Je ne demande pas qu'on me plaigne ou qu'on s'intéresse moi. Depuis le temps que je vais mal, ça se saurait si les gens s'intéressaient plus... Et si, je suis seule. Parce que mes problèmes il n'y a que moi qui peux les résoudre. Sauf que seule, je n'y arrive pas. C'est une impasse. Je suis dans une impasse avec mon coeur en morceaux. Il a été trop de fois piétiné, déchiqueté, explosé.
Je peux même vous dire quelle a été la fois de trop. La fois qui m'empêche de me relever une énième fois... C'est une rupture. C'est con. Ce n'est rien de plus qu'une bête rupture amoureuse... Mais ça a été la fois de trop. Les promesses envolées, les espoirs évanouis, les envies qui disparaissent, la vie mise en stand by. Je ne dirai pas que j'aime encore l'homme qui a achevé de briser de mon coeur. Je ne dirai pas que je suis incapable d'aimer depuis. Ce serait faux. C'est juste un constat : je ne peux plus me relever depuis "ça". Tant de fois je suis tombée auparavant. Tant de fois je me suis relevée, j'ai avancé, d'une manière ou d'une autre, pas toujours la "bonne"... Mais je me suis appuyée sur mes poignets, j'ai forcé sur mes jambes et je me suis mise debout à nouveau. Maintenant j'en suis incapable.
J'ai essayé.
Je jure que j'ai essayé.
Certains ne me croiront pas. Je m'en fous. Je ne suis pas cette paresseuse qui se complaît dans sa merde et sa douleur que j'ai l'air d'être certains soirs, et que certains pensent que je suis. Putain de merde, j'ai essayé. J'ai même essayé de refaire les erreurs du passé pour tenter de passer par des chemins détournés. Je me suis fourvoyée et je suis restée au sol. Comme une loque. J'ai essayé de faire des projets, de me donner des objectifs. Je me contente juste de tout foutre en l'air. Et de retrouver ce maudit sol.
Je ne suis pas née comme ça. Je n'étais pas comme ça avant. Je ne veux pas redevenir ce que j'étais avant non plus, ce serait une utopie absurde. Mais je ne m'en sors pas.
Je ne suis pas capable de devenir autre chose que ce que je suis à l'heure actuelle. Cette fille un peu étrange, un peu trop sensible parfois, un peu trop triste, un peu trop joyeuse. Cette fille qui préfère ne penser qu'à la façon dont elle va s'habiller, se coiffer, qui préfère passer sa journée à rire de bêtises, pour oublier que sa vie est au point mort, pour oublier qu'elle n'a plus envie de rien, pour oublier qu'elle n'a pas trouvé la solution, finale ou non.
Je veux oublier que je ne sais pas si je veux vivre ou mourir. Je veux oublier que je me sens minable. Je construis ma propre muraille autour de moi. Je m'enferme dans un palais imaginaire. Je façonne une carapace qui me permet d'avoir un semblant de vie mais qui m'empêche de vivre vraiment et de me relever. Je tente d'avancer à quatre pattes ou en rampant, le nez dans la boue, des oeillères sur mes paupières déjà closes. Et je m'étale de tout mon long. Je reste comme une statue figée dans la glaise et le temps.
Je ne m'en sors pas.
J'ai le coeur brisé.