J'ai un soudain besoin de parler... De dire la vérité... Une discussion avec quelqu'un au petit matin, qui m'a fait me rappeler cette vérité... Une vérité sur laquelle je mens...
J'avais effacé les faits de ma mémoire... J'avais tellement dit ce mensonge. Et je l'avais tellement dit,et redit que j'avais fini par ranger la vérité ailleurs... Loin... Et d'un seul coup tout me revient... Je me prends mes souvenirs en pleine gueule...
Et je me rends compte que, oui, je me suis fabriquée des autres souvenirs, des non-souvenirs, des pertes de mémoires...
Et me voilà...
Avec un soudain besoin incroyable de raconter ça...
Vite !
A quelqu'un !
N'importe qui !
Avant que je ne me remette à mentir et à effacer...
Parce que je viens de m'apercevoir que c'est un maillon de ma vie, que ça a un sens, que c'est important, que je crois même savoir pourquoi j'ai menti et que je me suis mentie à moi-même...
Raconter...
Ca va pas être facile... Mine de rien, ça va faire mal, je crois...
Raconter, parler, écrire... Sur lui... Le "deuxième"... Le premier aussi dans un sens... Les mots vont avoir du mal à sortir je crois...
Putain ! Ce que j'aimerais qu'il y ait quelqu'un pour entendre mon histoire, mes mots et mes réflexions, le tout mélangé avec des larmes... Ce que j'aimerais me blottir là maintenant... Fermer les yeux et tout déballer... Je vais commencer par les mots, tiens... Faut bien commencer quelque part...
Pourquoi le deuxième ?
Et pourquoi le premier ?
Le deuxième homme qui a abusé de moi... De mon corps... De ma jeunesse... De mon intimité... De ma naïveté peut-être... Mais le premier... Le premier que je pourrais qualifier de viol... Le premier pénis entré dans mon sexe par effraction... Le premier Homme a avoir abusé de moi...
Pas un enfant... Pas un ado... Un Homme...
Je ne sais pas si ça explique beaucoup plus de choses alors reprenons l'histoire... Sans sentiment, sans émotion, sans divagation... Des faits, rien que des faits, du chirurgical, de la description... Difficile...
Blablabla, enfant qui manque de confiance en elle, blablabla, manque d'affection, blablabla, abusée par un membre de sa famille, blablabla, enfant qui croit que c'est ça l'amour... Je (car l'enfant c'est moi bien sûr...) finis bien sûr par apprendre et comprendre que l'amour ce n'est pas ça... Que ça c'est autre chose...
Alors, comme d'habitude, je me demande comment on fait pour avoir de l'amour ?
Et je suis maladroite, grossière, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine... Futile, superficielle et peu subtile... Je joue vaguement les timides quand on s'intéresse à moi... Je ne sais pas trop ce qu'il faut dire ou faire... J'ai toujours cette impression qu'il y a une bonne et une mauvaise manière de faire les choses, et je suis complètement paniquée à l'idée de me planter...
Les années passent...
Et je m'enhardis... Je me dis que je n'ai plus grand chose à perdre...