Le blog d'une anorexique-boulimique, angoissée, névrosée, scarifiée, dépressive de plus...
Je me hais... Si vous saviez comme je me hais... Je hais cette bouée moelleuse qui m'entoure... Je hais cette peau, cette graisse sur mes hanches, mon ventre et mes cuisses... Je hais mes seins, ces grosses mamelles... Je hais mes joues, je hais mes bras... Je me hais tout entière, des orteils aux cheveux... Je ne sais pas d'où me vient cette haine pour mon corps. Enfin, si, je m'en doute un peu... Mais, qu'y faire ? Il y a des jours où je rêve d'être une "vraie" anorexique, une anorexique restrictive, un véritable tas d'os. Oui, ces filles me fascinent, c'est dur à avouer, surtout que je sais très bien par quoi elles passent... Je sais qu'elles sont souvent encore plus mal que moi... Mais je voudrais tellement leur ressembler... C'est c**, hein ? Je crois que c'est une première, cet aveu de fascination. Mais, c'est ça aussi être anorexique-boulimique ou anorexique compulsive, je pense... Avoir cette sensation d'être une "anorexique ratée"... Je ne suis pas idiote. Je sais bien qu'il n'y a pas d'anorexique réussie. Que ce n'est qu'une foutue maladie. Je me hais encore plus d'avouer cette envie de leur ressembler... Elles auraient tant de raisons, elles-aussi, de me haïr de dire des choses pareilles... Mais, c'est en moi. Je ne peux pas m'empêcher d'être fascinée... Je rêve de ne plus jamais être boulimique, de ne plus jamais vomir, de ne plus jamais être énorme... L'anorexie n'est pas une solution, mais mes yeux et ma tête n'arrivent pas à coordonner le raisonnable avec ce que je suis.
Je suis un monstre, j'ai honte de moi, de ce que je suis, de mon corps, de ma tête, de ce qu'il y dedans... Je suis monstrueuse.... Je sais que je suis folle. Je commence vraiment à l'entrapercevoir, avec un éclair de lucidité. Ce n'est plus une question que je me pose, ça commence à devenir une certitude. Je n'ai pas de problèmes : je SUIS un problème...
Un gros problème ambulant sur pattes. Un monstre sans âme. Un monstre sans formes, ou avec trop de formes, je ne sais plus...
Je suis folle. Ca me crève les yeux. Mes envies morbides me reprennent... Je ne suis plus à une erreur près. Je me hais, que dire de plus. Que je voudrais me vomir jusqu'à faire sortir le monstre qui est en moi ? Je hais l'anorexie. Je hais la boulimie. L'anorexie si fascinante, si glamour, si obscédante. La boulimie, si... rien du tout...
La boulimie, c'est dégoutant, c'est se remplir, c'est se gaver comme une oie, c'est vomir. Le vomi, c'est beau ? Non, je ne crois pas. Et quand il ricoche sur l'eau dans la cuvette des toilettes et qu'il vous revient en pleine face, vous éclaboussant pour vous rappeler ce que vous êtes : un monstre ; vous croyez que c'est encore beau ? C'est horrible... Je suis contente quand je ch**. Qui peut aimer passer son temps dans ses toilettes ? Cet endroit, si exigu, si vide, si propre et si sale à la fois. Je passe moins de temps dans mon lit que dans mes gogues, il me semble. Quand je vous dis que je suis un monstre.
La rechute est maintenant bien évidente, pire que les précédentes. Qui me renvoie mes démons, mes obscessions, mes idées noires, mon passé, ma cuvette, mon vomi, ma graisse, en pleine face. Bang ! Crochet du droit, uppercut pour m'achever... Je ne peux même pas en parler à ceux qui me sont proches, j'ai trop honte, trop peur.
Je suis un déchet, une ordure... La peau me démange. Je voudrais l'arracher. Je voudrais tout enlever, qu'il n'y aie plus que moi. Moi seule, toute seule, roulée en boule. Moi, contre le monde entier. Moi, contre ma cuvette de WC.