Le blog d'une anorexique-boulimique, angoissée, névrosée, scarifiée, dépressive de plus...
Aujourd'hui en 2013, je vais mieux. Pas "bien", juste mieux. Mais ce n'est pas de ça que je suis venue vous parler.
Aujourd'hui en 2013, je suis inscrite sur Twitter.
Aujourd'hui, en 2013, je découvre que l'année dernière un hashtag y a beaucoup fait parler de lui. Je n'étais pas encore inscrite je pense. Ou pas très assidue.
Aujourd'hui en 2013, je découvre donc le hashtag #jenaipasportéplainte . Une avalanche de tweets qui a déferlé sur la toile. Mais aussi des messages privés. Parce que la parole publique est encore difficile. Pour en savoir plus il faut aller là. Je lis donc et je me pose la question. Et moi ? Pourquoi je n'ai jamais porté plainte ? Les réponses affluent, similaires à d'autres. Elles se divisent en 3 parties, ceux qui me connaissent le savent.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que j'étais jeune, j'avais peur, j'avais honte.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était mon cousin et que j'avais peur que ça détruise la famille.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que ce n'étaient "que des attouchements" et que je pensais qu'on ne me croirait pas.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que j'ai fini par en parler à mots couverts à ma mère, forcée par une assistante sociale, et qu'elle n'a pas compris, pas entendu, ou qu'elle n'a pas voulu comprendre et entendre.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce que lorsque j'ai voulu parler à ma mère, je me suis faite engueuler. Elle a dit "pourquoi parler à quelqu'un de l'extérieur de problèmes qui concernent la famille ? " Elle parlait de l'assistante sociale-psy du collège. Alors qu'est-ce que ça aurait été avec la police.
Dans les années 90, je n'ai pas porté plainte, parce j'aimais ma cousine, mon oncle et ma tante. J'avais peur de les perdre.
Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'avais honte, parce que je me sentais coupable.
Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que c'est moi qui avais voulu parler à un inconnu, parce que c'était moi qui m'étais mise dans cette situation. Parce que c'était ce que je pensais, et parce que c'était ce que je pensais qu'on penserait.
Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'aurais dû refuser d'entrer dans ce local. Parce que j'aurais dû dire non plus tôt. Parce que j'avais peur qu'on me le reproche. Parce que je me le reprochais déjà toute seule.
Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que j'ai eu des occasions de partir et que je ne les ai pas saisies. Parce que j'étais tétanisée.
Dans les années 2000, je n'ai pas porté plainte, parce que je voulais que ça ne soit pas arrivé. Parce que je ne voulais pas me rappeler comment c'était arrivé. Avec la culpabilité qui aurait accompagné la vérité.
En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que j'étais ivre.
En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était chez un copain.
En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que c'était un ami d'ami et que je ne voulais pas que ça foute la merde partout.
En 2008, je n'ai pas porté plainte, parce que j'avais du mal à y croire, parce que je ne voulais pas qu'on étale mon passé dans un tribunal, parce que je ne voulais pas qu'on enquête sur ma vie, parce que je pensais qu'on ne me croirait pas.
Voilà... Probablement que plus personne ne vient ici, mais ça n'a pas d'importance. J'avais juste envie de revenir dessus.
Parce qu'aujourd'hui, en 2013, je suis effarée quand des gens ne veulent pas croire que les stats judiciaires des agressions sexuelles sont bien en-dessous de la réalité, quand des gens refusent de voir à quel point la machine de la société est bien huilée pour que tout ça reste dans un joli placard sombre, quand des gens ne veulent pas croire au harcèlement de rue, quand des gens ne veulent pas arrêter de juger celles (et ceux) qui ne portent pas plainte...