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Note aux lecteurs égarés ici :

Ceci est un blog somme toute assez personnel, voire intime. Je n'y publie pas régulièrement, au point que l'on pourrait se demander s'il a vraiment une utilité. Pour moi il en a une. Ce ne sont souvent que des billets d'humeur, parfois des réponses à des commentaires ou à des articles non-cités. Parfois c'est -très humblement- poétique, parfois c'est chirurgical. Parfois c'est très noir, voir gênant, parfois ce n'est que joie du quotidien. Sans transition. Parce que je suis ainsi, mais qu'il n'y a qu'ici que je peux faire sortir ça de cette façon.


Certains textes peuvent être violents, parce qu'ils parlent avec crudité de sexe, de troubles du comportement alimentaire, de dépression, ou de viol. Ceci est donc un avertissement à l'attention de ceux qui ne souhaitent pas s'y confronter.

22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 13:00

Un animateur de radio a publié il y a quelques jours une vidéo style "caméra cachée" où il force des filles à l'embrasser dans la rue, se croyant très drôle. Non je ne mets pas de lien, il a suffisamment/trop de vues. Ce qu'il ne semble pas comprendre c'est que ça n'a rien de drôle et que ça fait perdurer l'idée que le harcèlement de rue est acceptable. Et il ne l'est pas. 

Un ras-le-bol général chez les femmes qui le subissent. Un ras-le-bol qui se concrétise par des articles comme ici par exemple, ou et d'autres encore (liens en fin d'article).


Alors j'ajoute ma pierre à ce ras-le-bol. Non on ne parle pas d'actes isolés. Non on ne parle pas de deux-trois types qui nous ont dit "vous êtes charmante" dans toute une vie.

Je ne peux même pas me rappeler la moitié d'entre eux, parce que j'ai une mémoire à trous, et parce que je choisis, ou mon esprit choisit pour moi, de ne pas se rappeler de tous, parce qu'il serait impossible et invivable de se rappeler tous les détails. Ce seront donc uniquement les plus marquants pour moi pour une raison ou une autre. Et attention, ça va être un peu long.

 

Je crois que je ne peux même pas remonter à la première fois, il y a bien eu les "dis camion", les soulevages de jupes et autres âneries désagréables à l'école primaire puis au collège. Le collège en lui-même a d'ailleurs augmenté ce malaise par les réflexions permanentes sur la poitrine "trop" rapidement poussée. Le surnom de "Lara Croft" à cause de cette même poitrine. Les mecs qui essayaient de la toucher ou de la voir sous les vêtements contre mon gré. Les mains au cul dans les couloirs à attendre le prof.


Mais la première fois où c'était un parfait inconnu et un adulte je m'en rappelle. C'était l'année de ma 6ème j'avais environ 12 ans donc. Un ouvrier sur un chantier sur le chemin du collège m'a hélée. Naïve, j'ai pensé qu'il avait un truc à me dire. Alors j'ai fait un crochet pour savoir quoi. Il m'a dit que j'étais charmante en m'appelant "Petite" et m'a demandé si je ne voulais pas venir faire un tour de l'autre côté du grillage qui nous séparait, j'ai eu peur, j'ai dit non et je suis partie sans me retourner pendant qu'il me hélait.

Il y en a eu plusieurs autres au cours de mon adolescence, particulièrement sur le chemin pour aller à la médiathèque, dont je ne me rappelle plus vraiment distinctement. Ils se confondent en un type vague : un homme, sans distinction de couleur de peau ou d'âge. Tous à base de "t'es charmante" "viens on va discuter". Avec un refus systématique de ma part et une petite boule dans le ventre d'inquiétude, pas encore de crainte ou d'angoisse.


Je crois que ma première insulte après un refus c'était vers 15 ans. J'étais au lycée, ça c'est certain. C'est au même âge que j'ai eu ma première grosse frayeur. J'allais au cinéma seule un mercredi après-midi et un type blanc d'une quarantaine ? cinquantaine ? d'années m'a abordée dans une rue peu fréquentée directement sans un bonjour ni rien "tu viens boire un verre avec moi ?" Je mets un point d'interrogation, mais je ne suis même pas sûre que c'était une question. J'étais surprise, je l'ai regardé sans comprendre sur le coup, il m'a attrapée par le bras et a tenté de me tirer vers lui mais je me suis dégagée et j'ai couru, couru, jusqu'à un magasin, où j'ai attendu un peu, terrorisée, en vérifiant par la vitrine qu'il ne m'avait pas suivie, je ne sais pas combien de temps, avant de retourner à mes occupations.


Vers 15 ans aussi, je descendais du bus pour rentrer chez moi. J'étais dans ma rue et je me suis aperçue qu'un mec à moto roulait bizarrement au ralenti derrière moi, une seule main sur le guidon. Je ne voyais pas ce qu'il faisait et je me disais que j'étais parano, que ça n'avait sûrement aucun rapport avec moi. Il s'est approché lentement sans parler. J'ai pris peur, j'ai bifurqué dans une petite rue adjacente sans trottoir en me disant que s'il me suivait, je ne voulais pas qu'il voit où j'habite, il m'a suivie, a tenté de placer la moto sur mon chemin, et c'est là que je l'ai vue. Sa deuxième main. Sur sa braguette. Avec un petit bout de chair qui dépassait. Sur le coup je me suis demandée si ce que je voyais était réel, si c'était bien son pénis dans sa main. A MOTO. Ca dépassait mon entendement. J'ai pris encore plus peur et j'ai profité de ce que cette rue était une impasse donnant sur un parking inateignable en véhicule de ce côté-ci. Et j'ai couru. Encore. Je suis allée dans un immeuble dont je savais la porte d'entrée sans clé, j'ai fait semblant de sortir mes clés sans me retourner au cas où il m'aurait suivi pour faire croire qu'il ne pourrait pas rentrer derrière moi, puis j'ai attendu cachée dans le hall, avant de retourner chez moi après un temps indéfini.


A 18 ans je suis "descendue" à Lyon. Jusque là ça restait épisodique, quelques fois par années. C'est devenu quotidien. Je ne sais pas à quoi ça joue... La grande ville ? Le quartier très "passant" ? Le fait que j'étais plus souvent seule ? TOUS LES JOURS. Tous les jours. Tous les jours. Réellement tous les jours. En sortant de chez moi pour aller à la bouche de métro à 10 mètres de mon entrée d'immeuble. "Vous êtes charmante" "Hé mademoiselle" "Jolie jupe" "Viens boire un verre" "T'as de beaux yeux" "T'habites chez tes parents ?' (oui, comme cliché on fait pas mieux ) "Tu suces ? " "Tu baises ?" "Sale pute nympho", il me serait impossible de dire tous les mots que j'ai entendus. Je sursautais au moindre "bonjour" à la fin. Et ce n'était que sur le chemin porte d'entrée-bouche du métro... Il y avait ensuite la cohue du métro et les gens qui se collent à toi, se frottent à toi au point que tu ne sais plus si c'est intentionnel ou pas et où tu regardes tout le monde avec méfiance. Il y a eu cette main qui a claqué mes fesses dans une rame dont je n'ai jamais su à qui elle était, je me suis retournée avec un cri de surprise et personne n'a réagi. Peut-être que d'autres l'ont vu, peut-être pas, je n'en saurai jamais rien. Il y a eu ce mec dans un tram peu peuplé qui est venu se coller à moi alors qu'il y avait de la place ailleurs, j'avais le nez dans son aisselle qui puait le déodorant musqué comme il se tenait à la même barre que moi mais en hauteur et qui s'est frotté sur ma cuisse et ma hanche jusqu'à ce que je lui hurle dessus d'arrêter ça tout de suite où j'appelais les flics. Il m'a traitée de "sale tarée" et s'est éloigné. Les quelques personnes présentes dans la rame n'ont pas bronché.


J'ai raconté ce que je vivais à mon mec de l'époque, il a dit que c'est parce que j'étais trop jolie et n'a visiblement pas compris de quoi je parlais, ni à quel point c'était violent à vivre quotidiennement. Il ne voyait pas le problème, quand il me rejoignait et qu'on sortait, on ne me disait rien. Jusqu'à un jour, où on est sortis tous les deux. J'étais en baggy récupéré d'un copain, avec un tee-shirt "Rammstein" XXL et une casquette moisie sur la tête (c'était devenu un peu mon "uniforme"). Juste pour vous situer. On se tenait par la main, on allait chercher des pizzas. On a croisé un mec. Qui m'a lancé "Oh SALOPE ? TU SUCES, HEIN ?!" en continuant son chemin. Je ne m'y attendais pas, j'étais accompagnée. D'un homme. Mon mec non plus ne s'y attendait pas, encore moins que moi. Un instant de sidération plus tard, il m'a demandé s'il avait bien entendu et si c'était bien à moi qu'il parlait. Y avait que nous dans la rue. Il était décomposé, livide. Je lui ai dit que c'était ça tous les jours. Quel que soit mon habillement. Il s'est encore plus décomposé. On est allés chercher nos pizzas, on est rentrés. Il n'arrêtait pas de dire "mais je l'crois pas, mais je l'crois pas." et de redemander "mais il a VRAIMENT dit ça ?!". C'était donc si dur à croire. Même après ce que je lui avais raconté des dizaines, des centaines de fois, même après l'avoir entendu et vu. Je crois que ce jour-là il a compris la violence du truc, mais pas encore l'aspect récurrent.


A 19 ans j'ai déménagé dans un quartier désert en me disant que j'aurais plus la paix (et c'est une chance d'avoir eu cette possibilité, tout le monde ne l'a pas), mais il y avait encore les trajets pour aller à la fac, les quelques sorties qu'elles soient en rapport avec les études ou non, les trajets pour aller la gare, la gare elle-même, les trains aussi. Où que j'aille il y avait toujours un "oh pas mal !" comme un maquignon jugerait un cheval, un "vous êtes charmante", et toujours cette obsession d'offrir un verre et cette insistance ou ces insultes lorsque je refusais. Et il y a eu cette seconde fois avec mon mec. Je m'habillais moins "sac à patates" depuis que j'habitais ce nouveau quartier, de toutes façons "l'uniforme" n'avait rien changé dans l'ancien quartier. On est sortis tous les deux, le soir, j'avais une jupe mi-longue (aux genoux quoi) et des bottes plates. A un moment, je ne sais plus pourquoi, on cherchait un truc et mon mec s'est éloigné pendant que j'attendais à un feu avec d'autres gens, dans un lieu très fréquenté. Un mec m'a mis une main au cul en me murmurant dans l'oreille "tssk tsssk salope va". Je me suis retournée et j'ai pété un plomb. J'ai hurlé, je lui ai balancé mon sac à la figure, je lui ai couru après en lui jetant des coups de pied désordonnés. Les gens au feu se sont retournés quand j'ai hurlé, ont eu l'air de rien piger, j'ai entendu un "folle" fuser, mon mec a accouru, l'autre courait à moitié retourné en beuglant des insultes, quand mon mec m'a attrapée par les épaules, il a crié "tiens ta pute". Voilà. J'étais plus juste "une pute" "une salope". J'étais "la pute de mon mec". Et il se devait de me tenir en laisse, en gros. Edifiant. J'ai continué à hurler des trucs du genre "connard de merde", j'ai gueulé sur les gens qui attendaient au feu mais étaient repartis depuis longtemps en disant que "tout le monde avait de la merde dans les yeux ou quoi ?" et puis je suis allée acheter une bombe lacrymo en flippant mon mec qui essayait de me calmer à force de répéter "putain, celui-là si je le recroise, je me le fais". C'était pas le pire vécu au cours de ces années à Lyon, pourtant. C'était juste celui de trop ce jour-là, ce soir-là, ce mois-là. Celui auquel je m'attendais pas parce que malgré notre première "mésaventure" je me croyais en sécurité avec un homme à mes côtés. Sauf qu'il était à mes côtés un peu trop loin, faut croire.


Il y a aussi eu une sortie dans ma ville natale de "retrouvailles" avec des copines du collège ou du lycée, se faire un restau, se promener, boire un verre ou deux. Un groupe de mecs plus jeunes sur une place dans le centre-ville "Hé regarde la bande de putes là, y en a des baisables dedans quand même ! " et autres trucs *agréables*. Quelques réactions dans notre groupe, des mots qui fusent, je sais plus trop quoi exactement, et des "putes putes putes salopes salopes salopes allez vous faire niquer" je me souviens juste que j'avais dit "tiens ben, ça ressemble à Lyon, là.".


Sur la même période, (18-22 ans à peu près) il y avait aussi les trajets en train. Le mec d'une trentaine d'année, blanc, qui m'a collée dans le train, monté à Lons à me blablater sa vie sans me laisser en placer une, à me raconter que son ex l'avait lâchement laissé tomber et qu'il cherchait quelqu'un pour se consoler et que j'avais l'air très "ouverte" comme fille (??!??! J'étais dans un crétin de train en jean et pull avec mon sac en train de bêtement rentrer chez mes parents. Tout ce qu'il y a de plus banale à part que je trimballais un grand tigre en peluche mité qui me servait et me sert aujourd'hui encore de coussin. C'est la peluche, le côté "ouverte" ??!?), à me dire que les filles n'étaient pas gentilles, que j'avais l'air différente, (parce que je fermais ma gueule après trois tentatives pour parler peut-être ?)  il ne me laissait pas en placer une, j'avais juste envie de dormir et qu'il se la ferme, mais j'ai rien réussi à dire. Il ne faisait que parler, parler, parler, et puis une de ses mains ses aventurée sur ma cuisse, je l'ai juste repoussée sans rien dire, il a retenté plus tard, même topo. Il est descendu au même arrêt que moi et ne m'a foutu la paix qu'en me voyant rejoindre mon père qui m'attendait sur le quai. Il n'a pas dit au revoir. Il a juste vu que je faisais "coucou" et que j'allais vers mon père et il est parti de son côté.

 

Dans le train encore il y a eu cette fois où je somnolais étalée sur les sièges d'un compartiment de corail, les rideaux tirés, il faisait nuit. Trois mecs visiblement militaires sont entrés en grand chahut, m'ont demandé si ça dérangeait pas, je leur ai fait de la place et j'ai repris ma somnolence contre la vitre. Au bout d'un moment j'me suis rendue compte qu'ils chuchotaient en me regardant et en ricanant. Y en a un qui a fini par me demander si on se connaissait pas. J'ai dit non. "Ah ben on pourrait apprendre à se connaitre alors" avec les ricanements des deux autres en fond sonore. J'ai dit que j'étais désolée mais que j'avais surtout envie de dormir, là. Il a continué à me baratiner, et qu'est-ce que je faisais dans la vie, et où j'allais comme ça toute seule, et patati et patata, j'ai fini par répondre, par lassitude, par peur aussi parce que bon j'étais seule avec eux dans un petit machin fermé et roulant. Et est-ce que j'avais un mec "oui" et c'est pas grave on est pas jaloux *ricanements*, et on peut même partager "ENTRE NOUS", et que j'étais quand même vachement bonne, et qu'à l'armée on s'ennuyait et que les filles de l'armée étaient moches, et je sais plus quelles conneries. Heureusement il restait plus énormément de temps de trajet, parce que je commençais à flipper bien bien. En descendant et après m'être assurée que mon père était dans mon champ de vision, comme ils continuaient à me pot-de-coller, j'ai dit quelque chose comme "Vous savez ? Mon mec. Il est militaire comme vous, alors ça va être pratique de lui raconter que vous êtes des gros connards lourds qui emmerdent les filles, maintenant que je connais vos noms et que je sais que vous faites partie du même régiment. " et je suis partie, avec enfin le silence derrière moi. Minuscule jouissance de rien du tout après les longues minutes à les supporter, à ne pas être agressive parce que trop peur que *ça tourne mal*. C'était même assez nul comme répartie. Mais ça leur aura au moins cloué le bec et m'aura débarrassé d'eux rapidement avant de rejoindre mon père.

 

Ensuite, j'ai eu plutôt la paix pendant un petit moment je crois, parce que j'ai fait une dépression et une sorte de phobie sociale et que je ne sortais plus de mon appartement que pour acheter le minimum vital. J'ai fini par quitter Lyon et retourner dans ma ville. Je ressortais mais uniquement pour me défoncer la tête, donc je n'ai pas de souvenirs particuliers sur le harcèlement de rue à cette époque.

Je voyais encore Lyon comme "la grande vilaine ville où les harceleurs pullulent" avant de me mettre à ressortir peu à peu et de me rendre compte qu'ici aussi il y en avait beaucoup. Je ne sais pas si ces comportements ont progressé pendant ces années, ou si je m'en rendais moins compte, ou si je trouvais ça moins agressif avant. Encore des "Hé mademoiselle !", "t'es charmante, on te l'a déjà dit ?" et les insultes. Avec une nouvelle variante que j'avais pas à Lyon : le ou les mecs en bagnole "Je t'emmène/je te dépose/tu montes/tu vas où?". Il y en a trop pour que je me souvienne de grand chose précisément.

 

 A 25 ans et des brouettes, je suis enceinte de 7 mois et quelques, je prends le bus pour aller en ville, un mec me regarde fixement. Ca me gêne, mais bon tant qu'il reste loin. Je descends à mon arrêt, le mec derrière moi. Il me pose la main sur l'épaule et "Mademoiselle ?" moi, glaciale : "Non Madame", le mec se démonte pas et me fait "Je te trouve super belle, y a moyen qu'on se revoit ? " "Revoir ? A quel moment on s'est vus en fait ? " "Ben dans le bus" "Non, moi,  j'ai rien vu. Et puis j'ai un copain, au revoir. " sa main posée sur mon bras, "Non, mais j'suis sûr il te mérite pas, et moi j'suis mieux." J'ai tellement halluciné. Je lui ai dit que j'étais enceinte, pas disponible, pas intéressée, et que là j'avais un peu autre chose à foutre alors au revoir et j'me suis barrée.


Depuis j'ai eu un bébé, je sors moins, ou avec lui. Je n'ai heureusement encore jamais eu à faire à ce genre de harcèlement avec lui, mais je sais à lire d'autres que ça peut m'arriver. Je n'ai aucune idée de comment je réagirai. Donc pour finir je vais reparler des derniers harcèlements les plus marquants vécus la nuit, et s'il y en a d'autres dans le futur, je les ajouterai à cette liste soit dans cet article soit dans un autre dédié. 


27 ans. Je suis à une soirée dans un bar. Je discute vaguement avec un mec, descend fumer une clope avec lui, de la façon la plus anodine qui soit, puis remonte les escaliers devant lui. Arrivée en haut il me claque le cul bien fort. Je me retourne, lui dit que je ne suis pas un cheval et qu'il ne recommence jamais ça. Il rigole.

 

27 ans à nouveau. Je suis dans une soirée avec Le Mââle, on vit notre vie, chacun de notre côté, on papillonne entre les gens, on discute, on boit gentiment. Je sors fumer une clope, j'entame une discussion avec un groupe de mecs dehors. Un autre à l'écart me reluque, on discute métiers ou un truc du genre. Il s'approche, se pose à côté de moi, commence à se pencher sur moi sans rien dire, je sens juste son souffle sur mon oreille, puis il tente de participer à la conversation mais en ne s'adressant qu'à moi, je réponds à la cantonnade au lieu de me tourner vers lui. Il se penche et me colle un peu plus avant de murmurer dans mon oreille que je lui plais vachement, je le repousse un peu parce qu'il m'écrase et je lui dis que oui ben je suis pas intéressée et puis je suis avec mon mec qui est à l'intérieur de toutes façons (cette "excuse" ressort TOUT LE TEMPS, réflexe idiot et totalement inutile, puisque généralement complètement inefficace). Il dit quelque chose comme "oh allez sois gentille", je ne sais plus ce que je lui ai dit mais il y avait encore un "non mais ça m'intéresse pas" dedans, j'écrase ma clope, et rentre à l'intérieur. Un peu plus tard, je ressors, retrouve le même groupe de fumeurs qui discutent, m'assois vers eux, je ne sais pas où est l'autre. On discute. Je sens quelqu'un se glisser sur la marche à côté de moi. L'autre est donc revenu. Il ne dit rien. Il se contente de rester collé à moi, toujours plus près, toujours plus collé. Je ne dis rien, je veux pas faire de scandale. Bref je ne dis rien. Je continue la discussion comme si de rien n'était. Soudain y a une main sur ma cuisse. Qui remonte tranquillement vers le dessous de ma jupe. Je prends mon souffle et je dis bien fort pour que tout le monde entende: "Mec, tu retires TOUT DE SUITE TA main de MA cuisse. Je t'ai dit NON. Et quand c'est non, c'est non. " Les autres ont vu et entendu, la conversation s'arrête, l'autre retire sa main, personne ne dit rien, un des mecs avec qui je discute nous regarde avec les yeux exorbités. La conversation reprend. L'autre reste là avec la main sur ses jambes, collé à moi. Et au bout de quelques minutes je sens à nouveau sa main sur sa cuisse, je la prend la soulève et la balance sur lui en lui gueulant que maintenant CA SUFFIT MERDE et que je vais lui tarter la gueule et que j'ai dit NON bordel. Il dit quelque chose comme "rohlala, t'es pas cool" se lève et se barre. Encore une fois la conversation s'est arrêtée à côté de moi mais personne ne dit rien ni ne commente. Il aura fallu que je me plaigne et râle plusieurs fois à ce sujet pour obtenir des "non, mais j'hallucine quoi, j'comprends pas, c'était vraiment un con celui-là"...

 

27 encore. Je promène ma chienne, un dogue allemand de 80cm et quelques au garrot, sur le trottoir le long d'une avenue proche de chez moi en début de soirée, avant la nuit. Un mec en bagnole ralentit en se collant au trottoir, me beugle quelque chose comme "Sale pute, tu baises ? Et ton chien, il baise avec toi, hein ? " J'ai un sac à crottes plein dans la main. Réflexe. Je le lance par la vitre de la voiture. Je ne regarde pas où il atterrit, je ferme mes yeux mes oreilles et je continue. J'entends la voiture repartir et je tremble un peu. Je rentre chez moi, raconte le truc sur Twitter en me traitant de folle. Je réalise que ça aurait pu être dangereux, que le mec aurait pu descendre et me casser la gueule ou je ne sais quoi. Je rigole et je flippe rétrospectivement en même temps.

 

27 ans toujours, la nuit tombée, je sors toute seule, je marche tranquillement et après avoir esquivé une voiture dans laquelle 3 mecs se promettaient de "me faire voyager" et que ce n'était pas très très sûr d'être dehors toute seule à cette heure-ci qu'il y avait des gens malsains des fois, qu'on ne savait pas sur qui on pouvait tomber et que je serais vachement mieux avec eux dans leur voiture,(je vous laisse apprécier la menace voilée), je continue mon chemin et croise un mec seul avec une grande pizza dans les mains, il me hèle "bonsoir, excuse-moi t'aurais pas une cigarette". J'accepte de lui en donner une. Je regarde bêtement sa pizza et me dit qu'il va quelque part avec et qu'il veut réellement juste une clope. Fatale erreur.

 

Le mec fouille ses poches rapidement et me fait "t'aurais pas du feu aussi ? " Allons-y pour le briquet. Et c'est parti. Comment tu t'appelles ? Tu vas où ? Tu fais quoi ? T'es très jolie. T'as pas peur la nuit toute seule ? T'as un numéro ? Le tout en parlant avec les mains et sans allumer sa cigarette, j'attends qu'il me rende mon briquet, ce qui n'arrive pas, tout en répondant poliment mais fermement à ses questions. Non je ne veux pas *le revoir*, je ne suis pas intéressée, je donne un faux prénom, qu'est-ce que ça peut faire où je vais ? , non mais je ne suis vraiment pas intéressée, non je ne veux pas aller faire une soirée avec lui. ll insiste, repose plusieurs fois les mêmes questions jusqu'à avoir une réponse. Je finis par dire que je vais rejoindre des copains qui m'attendent et que je suis justement en retard. Des copines ? Ben ça tombe bien il cherche à rencontrer des filles sur la ville, il est pas d'ici, tu comprends. Non, des copains. Bon maintenant ça serait bien que tu allumes ta cigarette et que tu me rendes mon briquet. Ah oui pardon. Il ne l'allume toujours pas. Il se place devant moi, sur le chemin que je devrais prendre pour repartir alors qu'en se croisant il était resté dans son sens de circulation, il s'approche en parlant, fait des gestes de plus en plus grands et ses mains finissent par m'effleurer. Je commence à angoisser un peu et envisage de me barrer en courant. Je lui dis que maintenant il me rend mon briquet ou je pars sans, il allume sa clope, me le donne enfin, en profite pour me poser la main sur le bras et continue sa mitraillette de questions.  Et pourquoi je suis pas intéressée ? Parce que c'est comme ça. Et si j'ai déjà quelqu'un ? Oui. Et il est sûr qu'il peut le remplacer. Je crois pas non. J'en peux tellement plus et j'arrive tellement pas à partir, vu que les quelques pas que je fais, il les suit en plaçant à chaque fois ses mains devant moi en parlant, comme pour m'arrêter, que je lui dis "je suis pas intéressée par les hommes, merci au revoir", il a un instant d'arrêt j'en profite pour pousser son bras devant moi et je marche très vite jusqu'au feu et traverse au rouge en croisant les doigts pour qu'une bagnole ne déboule pas. Il me beugle un "mais c'est dommage, mais jamais, mais vraiment jamais ? " je ne réponds pas, je me barre, j'avance, je ne veux plus rien entendre, y'en a marre.

 

C'était il y a quelques semaines. Et ça suffit.

 

Articles connexes (LISEZ-LES... VRAIMENT.):

Egalitariste : Mon cher harceleur

Une heure de peine: La drague comme violence

Traces et trajets : Une colère que je n'ai pas.

Les dégenreuses : Harceler les femmes pour le lol

Polyvalences mon pote : Textes sur les violences sexistes 

Hollaback France : Corpus de témoignages

Les questions composent : Poire le violeur, quand séduire devient faire céder

Nat Arocas : Bande de salopes !

 

Je vous invite aussi à lire les nombreux commentaires du premier article posté : Cette colère qui ne s'éteint plus, chez Beatrix, ils contiennent une quantité invraisemblable de témoignages d'autres femmes.



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Published by Mlle Bé - dans viols et violences
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commentaires

vous êtes des fakes d'être humains 02/02/2014 03:51

omg de pauvres débiles qui soutiennent les proxénètes et les aident a défendre leur business tout en détruisant toutes les luttes progressistes dont le féminisme. Soutenir les proxénètes c'était
déjà soutenir des enlèvements, des viols, de la torture, donc finalement rien d'étonnant à ce qu'on voit ces mêmes débiles soutenir l'agression de militants féministes. #euthanasiez vous, pour le
bien de l'humanité tas de dégénéré-e-s

Ursidéa B. 07/03/2014 23:24



Nous avons un-e gagnant-e. Je vous décerne la palme du commentaire le plus stupide, celle du commentaire le plus absurde et celle du commentaire le plus odieux.


Etant tellement courageux-se que vous avez mis un pseudo inepte, une adresse mail jetable et que pour couronner le tout vous avez utilisé un proxy étranger pour masquer votre adresse IP, vous
m'attristez énormément puisque je me doute que vous ne viendrez pas réclamer vos prix en personne. Ce qui est très dommage car nous ne saurons jamais qui vous accusez de soutenir les proxénètes,
pourquoi vous venez en parlez ici sur un article qui dénonce le harcèlement des femmes dans l'espace public, ni pourquoi vous voulez euthanasier des gens sur ce blog consacré à mes réflexions et
émotions personnelles sur la vie en général et sur mes problèmes de santé mentale.


Je ne suis que déception, mais en même temps... J'avoue... Je suis heureuse de ne pas vous connaître d'avantage, ça ne faisait pas très envie.


Adieu donc.



Cheval de bois 28/10/2013 11:42

Oui je m'en rappelle

Cheval de bois 24/10/2013 12:01

Cette lecture est suffocante.
Et peut-être que le pire dans tout cela c'est que les hommes ne réalisent pas où est le mal, en tout cas pas tous.

Mlle Bé 24/10/2013 17:36



Clairement non, certains ne le réalisent pas. Et si la lecture est suffocante, tant mieux, c'est relativement suffocant à vivre au quotidien, même si ça me touche moins, parce que je suis
beaucoup plus blindée aujourd'hui. 


Ton commentaire me fait penser qu'il y en a un qui n'y est pas. Tu te souviens le mec qui me prenait en photo en loucedé à Nîmes ? Puis qui était venu demander s'il pouvait faire une
photo quand on était à une terrasse ? T_T J'y pensais plus, mais je l'ajouterais bien dedans.



Beatrix 22/10/2013 23:16

Oui, comme tu dis, ça suffit.

(je mets ton article en lien sur mon blog)

Mlle B. 22/10/2013 23:25



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